Masterclass · et · entretiens · avec · Fred · Vignaux
Les dessinateurs – Surzhenko, Vignaux, De Vita et Graza
Le week-end prochain, Fred Vignaux participe à la Fête de la BD à Bruxelles. Je compte m’y rendre pour le rencontrer. A cette occasion, j’aimerais lui proposer une interview « Spéciale Forum Thorgal.com »
La demande est en cours auprès du Lombard, les modalités pratiques devraient bientôt se préciser. En attendant, j’ai besoin de vos questions à poser à notre nouvelle star, le futur dessinateur de Thorgal ! 
La première qui me vient à l’esprit: compte-t-il dessiner la série principale de la même manière qu’il dessine la série « Kriss de Valnor »?
Galathorn a écrit
La première qui me vient à l’esprit: compte-t-il dessiner la série principale de la même manière qu’il dessine la série « Kriss de Valnor »?
Je suis persuadé qu’il y aura du oui et du non !
J’aimerais bien connaître son rapport à la série. On sait qu’il l’a connue dans Tintin il y a bien longtemps, mais qu’en est-il aujourd’hui ? L’a-t-il redécouverte ? Est-ce que son rapport à la série, à ses personnages, a évolué pendant les deux années qu’il vient de passer auprès de Kriss ?
Après, il est toujours intéressant d’entrer un peu dans l’intimité de l’artiste. Comment il organise ses journées, comment il évite de procrastiner, comment il met en place son planning de travail pour s’en sortir. Moi qui suis un spécialiste pour finir au dernier moment, genre la veille du lendemain du jour où je dois rendre les choses, je suis admiratif des gens organisés.
Ce serait intéressant aussi de connaître son cursus. La BD fait rêver, c’est bien de savoir par où sont passés ceux qui réussissent comme il le fait.
Ce sont des questions classiques, mais l’idée est déjà de le connaître un peu mieux.
Alors ma question serait,
Quand pourra t’on lire (en gros) son 1er Thorgal ?
Ou…
Quel est l’objectif avec cette reprise ? Un album par an ? Ou continuer sur un album tout les 2 ans ?
Bref je vous laisse retourner la question a votre sauce… 
Sinon rien a voir mais, j’aimerais demander au staff si c’est possible d’avoir une dédicace de Fred. Bon je me doute que c’est un peu compliqué mais si jamais c’est possible je suis prêt a payer ce qu’il faut…

Abeloth a écrit
Sinon rien a voir mais, j’aimerais demander au staff si c’est possible d’avoir une dédicace de Fred. Bon je me doute que c’est un peu compliqué mais si jamais c’est possible je suis prêt a payer ce qu’il faut…
Les dédicaces sans faire la queue ? 
S’il s’agit plutôt d’un travail de commande, un dessin personnalisé, j’imagine que c’est faisable mais il faut bien sûr un budget. Un autre membre (Shinob) a tenté le coup il y a quelques mois avec Giulio de Vita, 450 € pour un dessin personnalisé en couleurs de belle qualité. Ce n’est pas allé au bout pour diverses raisons, mais ça donne une idée.
Pour une dédicace plus classique sur album, je ne sais pas si ça se fait, mais je trouve le principe pas idiot, gagnant-gagnant comme disait Ségolène. Côté tarifs, sur le site La bande du 9 on est autour de 50 à 80 euros, selon qu’il y a de la couleur, tout ça, avec port et BD inclus dans le prix. Le dessin rapporte donc 30 à 60 euros à l’auteur, sur ce site.
De l’extérieur, je trouve que c’est quelque chose qui serait sympa à développer dans le franco-belge, mais peut-être que les dessinateurs pros n’aimeraient pas le faire, je ne sais pas.
Merci pour ces premières questions à Fred Vignaux !
N’hésitez pas à compléter au fil de la semaine, je rassemblerai toutes vos idées pour le week-end.
Abeloth, pour ta demande, je préférerais que tu profites d’une séance de dédicaces qui ne manquera pas d’arriver un de ces jours près de chez toi. Cette rencontre-ci ne sera pas organisée dans le cadre des dédicaces de l’auteur.
Galathorn a écrit
La première qui me vient à l’esprit: compte-t-il dessiner la série principale de la même manière qu’il dessine la série « Kriss de Valnor »?
Oui, c’est la question qui me turlupine le plus en ce moment. Est-ce que Vignaux pense changer de style de dessin sur la série principale ? Et plus précisément, compte-il essayer de se rapprocher du style de Rosinsky ?
D’ailleurs, a-t-il choisit le style de la série Kriss pour se rapprocher du style de de Vita ?
Abeloth a écrit
Alors ma question serait, Quand pourra t’on lire (en gros) son 1er Thorgal ? Ou… Quel est l’objectif avec cette reprise ? Un album par an ? Ou continuer sur un album tout les 2 ans ?
Est-ce qu’il continuera à alterner Thorgal avec la série Neige ? Cela influera de manière importante sur le rythme de parution de Thorgal. Tiens, je me demande aussi si son prochain Thorgal est déjà en route…
Isis a écrit
Oui, c’est la question qui me turlupine le plus en ce moment. Est-ce que Vignaux pense changer de style de dessin sur la série principale ? Et plus précisément, compte-il essayer de se rapprocher du style de Rosinski ? D’ailleurs, a-t-il choisit le style de la série Kriss pour se rapprocher du style de de Vita ?
Ou a-t-il été choisi pour la série Kriss car son style se rapprochait déjà du style de De Vita ? J’aimerais en savoir plus sur l’orientation graphique qui lui a été demandée pour traiter la série Kriss, et à présent celle de Thorgal.
Oui, tout ça est très bien. Il faudrait lui parler beaucoup de Kriss de Valnor, c’est son actualité. Il vient de passer des mois sur ce nouvel album.
Ce serait intéressant de scinder l’entretien en trois : qui es-tu Fred Vignaux, qu’as-tu fait avec Kriss, que feras-tu avec Thorgal ?
Qu’a-t-il préféré, plutôt la partie Jolan avec des personnages déjà existants et un univers jungle, ou plutôt Kriss avec des personnages qu’il a pu définir plus librement et ses paysages particuliers ? Il y a plusieurs niveaux dans cette question. Le dessin, l’ambiance, la liberté graphique, l’attachement peut-être à une histoire plus qu’à l’autre. La difficulté de la tâche.
Quand il a attaqué ce second album, à bien y réfléchir, quelle partie avait-il le plus hâte de dessiner ? Moi, je sais quelle partie j’avais le plus hâte de lire.
Mes questions au dessinateur : il est le 4e dessinateur de Kriss de Valnor. De qui s’est-il inspiré pour reprendre le personnage ? A-t-il travaillé avec Rosinski pour s’approprier la série ?
Très intéressant, tout ça.
J’aimerais bien aussi qu’il nous parle de l’Atelier hexacéphale dont il a fait (ou fait encore) partie. Le concept a l’air très sympa.

Arrête, arrête, si il voit que tu fouilles sur sa vie, il va flipper ! En plus il porte une casquette en pleine nuit, c’est hyper inquiétant !
a-t-il participé au scénario de Kriss? quel est sa relation de travail avec le scénariste? a-t-il envie de s’investir dansle scénario de Thorgal?
Thorgal-BD a écrit
Arrête, arrête, si il voit que tu fouilles sur sa vie, il va flipper ! En plus il porte une casquette en pleine nuit, c’est hyper inquiétant !
Le soleil doit cogner à toute heure dans cet atelier ! 
Postick a écrit
a-t-il participé au scénario de Kriss? quel est sa relation de travail avec le scénariste? a-t-il envie de s’investir dansle scénario de Thorgal?
Oui, je lui demanderai quels échanges il a eus avec Mathieu Mariolle (et Xavier Dorison) en réalisant ses albums de Kriss, et ce qu’il attend d’un scénariste en général, ce qui le met en confiance.
Plus qu’un jour avant cette interview, alors à vos dernières questions ! 
Quels sont ses bonbons préférés ?
Quelles sont ses lectures ?
Ce serait bien aussi de gratter des infos sur ses autres travaux. Je pense surtout à Neige, et aux couvertures réalisées pour la série historique chapeautée par Luc Ferry. Est-ce qu’il a un attrait particulier pour la mythologie, tout ça.
Pour rester sur Kriss, il est toujours intéressant de suivre le parcours. Comment a-t-il été contacté, a-t-il réalisé des travaux préparatoires pour convaincre, comment a-t-il réagi quand on l’a confirmé au poste, que représente ce projet pour lui, s’attendait-il à se voir proposer la série originelle.
Tu peux aussi gratter du côté du parcours professionnel, des débuts à aujourd’hui.
Alors alors !

Tjahzi ? Bilan, retour, dédicaces, bonbons ?
Tjahziiiiiii !
Il en savait trop après cette entrevue. Il a mystérieusement disparu.
Tjahzi,
si t’es champion,
montre-nous,
ta discussion !
Le bilan ? Euh… en fait, j’ai foiré l’interview… 
Non mais il faut que je vous raconte tout ça par le commencement.
Pour rejoindre le festival en train, j’ai choisi le plus relax : 2h30 dans un train qui m’amène directement à proximité du Parc de Bruxelles. Pas de chance ce week-end, il y a des travaux sur la ligne avec déviation, ce qui donne 1h de plus. Bon ok, ça me fera donc 7h de train dans la journée… 
Pas grave, ça me laisse du temps pour boucler les questions. J’ai juste eu l’occasion pendant la semaine de noter vos idées et de lister les miennes. Je ne sais pas si c’est l’inspiration du voyage en train, mais au final, ça a donné quand même 30 belles questions ou sous-questions au total ! Je me dis que Fred Vignaux sera relax pour y répondre, il aura bouclé ses dédicaces. Un sacré plus : Kévin, chargé de communication au Lombard et responsable du stand durant le salon, s’est proposé de filmer l’interview. Tout ça s’annonce bien…
Arrivé au festival, je m’étais fixé de faire le tour des autres stands avant de rejoindre celui du Lombard. Mais finalement, je m’achète juste 3 BD pour les 3h30 de retour en train, et je retrouve rapidement les dédicaces du Lombard, impatient de rencontrer Fred Vignaux ! En arrivant, je constate que c’est devant lui que la file est la plus longue, ça fait chaud au cœur. Je rencontre Kévin qui court d’un bout à l’autre du stand, de l’accueil des auteurs au rangement du matériel, il est partout ! Et là, tout près, c’est bien Fred, en chair et en os ! 




Comme Kévin est toujours en mouvement, j’ai trouvé le moyen de le prendre en photo sur les murs du stand intérieur, mais chuuut, il n’est pas au courant ! 

Le premier contact avec Fred a été très chaleureux !
Il me dit qu’il est content de mettre un visage sur mon pseudo, et qu’il accepte volontiers de répondre à mes ou plutôt nos questions après sa séance de dédicace, mais que le temps est limité car il doit enchaîner ensuite avec le stand de l’éditeur de Thorgal en néerlandais, Ballon Media. J’en profite pour lui demander l’autorisation de le prendre en photo, ce que j’ai alors fait sans retenue ! 




Fred est à l’écoute de ses lecteurs qui engagent volontiers la conversation avec lui. Il dessine les personnages à la demande, mais dans la toute grande majorité des cas, c’est bien Kriss de Valnor qui est plébiscitée ! J’ai assisté d’un peu plus près à la demande du lecteur suivant, en m’asseyant sur la chaise à côté de Fred.
Honte à moi, j’ai appris après que je piquais la chaise de sa compagne qui a assisté patiemment à toute la séance de dédicace à ses côtés. 
Ce lecteur demande donc à Fred qu’il dessine l’ancienne Kriss. Effet de surprise ! L’ancienne, c’est celle dessinée par Rosinski, De Vita, Surzhenko ? Il explique alors que l’ancienne Kriss, c’est pour lui celle qui se trouve à bord du vaisseau dans l’album « La montagne du temps ». Ouf, c’est bien celle dessinée par Fred ! 


Bombardement de texte et de photos ! Quel suspense.
Pascal, un lecteur néerlandophone de Thorgal, souhaite une Kriss vue de face. Aussitôt dit, aussitôt exaucé !
Je lui demande ensuite de pouvoir photographier sa dédicace, et dans la discussion, il me montre alors sur son smartphone ses multiples dédicaces de Thorgal, Aaricia, Kriss et autres membres de la tribu, qu’il a récoltées depuis les années ’80 jusqu’à aujourd’hui. Je lui ai proposé de nous les partager en contactant Stéph via le site.






Fred est resté particulièrement agréable avec son public tout au long de la séance. 5 photos qui se suivent et en disent plus long que tout discours. 





Vu que c’est moi qui ai ouvert ce sujet, j’en profite pour vous inonder de photos. Mais là il est tard, alors la suite sera pour demain. 
Tjahziiiiii ! On a trop envie de savoir à quel moment ça a foiré ! Déjà, le moment où tu as piqué la chaise de la femme de Fred, qui avait traversé tout le pays pour assister à son heure de gloire, c’était savoureux.
Le stand du Lombard a l’air sympa, as-tu pu prendre des photos d’ensemble (je n’ai pas pensé à te le demander avant).
Bracelet rouge et bracelet noir pour Fred, les auteurs sont étiquetés.
Vivement la suite, le teasing de la foirade est énorme, j’espère que la chute est à la hauteur !
Vignaux a l’air très sympa, j’espère aussi le rencontrer un jour lors d’un évènement ! 
Voilà, je reprends là où j’en étais hier. Quel teasing de fou ! 
A ce moment-là, je voyais doucement l’heure de fin des dédicaces approcher, mais la file des fans ne se réduisait pas ! Gloups ! Je ne disposais déjà que d’une demi-heure pour interviewer Fred Vignaux, ce qui me semblait fort juste au vu du nombre de questions prévues. Mais alors, si on me réduisait encore le temps disponible, je ne répondais plus de rien ! 
J’en touche un mot à Fred, qui me répond que Kévin l’a rassuré en lui disant qu’il ne restait plus que 4-5 dédicaces à dessiner. Mais que ça faisait plusieurs fois qu’il lui répondait la même chose ! Je retrouve Kévin qui me dit que tout va bien (alors qu’il venait presque de se faire un lumbago en déplaçant une énorme boîte !).
Durant le voyage en train, je lui avais demandé si c’était toujours bien lui qui s’occupait de filmer l’interview, et Kévin me l’a confirmé. Mais là d’un coup, j’étais moins sûr quand il m’a dit qu’il attendait toujours le matériel pour filmer. Mince alors, j’ai ce qu’il faut pour faire des photos, pas pour enregistrer ! Il me répond qu’il n’y a pas de souci à se faire. Pfiouu… je sentais la chaleur m’envahir !
Il faut reconnaître qu’un public nombreux se pressait dans les allées, et le stand du Lombard était placé en plein milieu du passage de la foule. Impossible de prendre une photo correcte du stand sous le chapiteau. Désolé Stéph, je les ai toutes ratées ! Il n’y avait pas de recul suffisant, je me suis d’ailleurs déplacé des dizaines de fois pour laisser passer des personnes pendant que je prenais les photos de Fred. Ah, j’ai souffert pour vous ramener toutes ces images 
Pourtant, mes souffrances se sont évanouies d’un coup ! Waouh ! Qui vois-je aux côtés de Fred ?? Xavier Dorison !! Pas du tout prévu au programme, il a quitté ses dédicaces d’Undertaker chez Dargaud pour passer dire bonjour à ses amis du Lombard. Le tout a duré moins d’une minute, je n’ai pas voulu louper l’évènement ! Et celui qui a bien réussi sa journée, c’est surtout le fan dont l’album a pu être dédicacé à la fois par Fred Vignaux et par Xavier Dorison. Derrière mon viseur, là je devenais jaloux !





Arrivé là, mon interview commençait à prendre l’eau. Il était 16h30, l’heure de clôture des dédicaces de Fred, et la file n’en finissait pas ! Pourtant les places étaient numérotées et donc calculées… Il faut reconnaître que Fred prenait son temps pour bien recevoir ses fans. J’étais aussi surpris par le public qui se présentait devant lui. J’avais découvert aux côtés de Roman Surzhenko que les participants aux dédicaces étaient d’un certain âge, et surtout presque exclusivement mâles. Mais là c’était loin d’être le cas. Quand j’ai vu dans mon viseur le sourire des filles face à Fred, cette fois c’est de lui que j’étais jaloux ! Il ne manquait plus grand-chose pour qu’il se mette à signer des bretelles de soutien-gorge. Sauf que sa compagne veillait quand même sur lui ! 






Pas mal le métier de dessinateur, hein ? 
Voilà, il se fait à nouveau tard, alors il faudra encore attendre un peu pour avoir tous les détails de l’interview. Bon, déjà je n’en ai aucune photo.
Mais je vous raconte tout ça demain soir, c’est promis ! 
Non mais je me suis dit, 200 photos, un lumbago et un barbu, on va enfin savoir tout. Et non.
Oui bien sûr il y a des jolies filles. Oui bien sûr Kevin a oublié la caméra sur un bureau au Lombard. Oui bien sûr tu vas rater ton train. Mais enfin qu’en est-il de la question suprême ? De l’attente ultime ? De la demande sans cesse répétée d’un nombre croissant de fans ?
Bref, pour résumer en quelques mots ce que tout le monde pense tout bas, quels sont les bonbons préférés de Fred ?
En tout cas, à en voir les photos, Fred a l’air d’un garçon très souriant!
Arrive enfin le temps de l’interview de Fred Vignaux ! Pour rappel, j’avais rédigé une trentaine de questions avec toutes vos idées. Et j’avais suivi les conseils de Stéph en les répartissant en 3 parties :
– Fred se présente en parlant de ses passions, ses expériences dans la BD, l’évolution de sa technique, …
– Il nous parle ensuite de son arrivée dans les Mondes de Thorgal et l’aventure avec Kriss de Valnor
– On clôture avec l’annonce de sa reprise de Thorgal et la manière dont il envisage les choses.
Tout ça m’avait l’air de bien fonctionner. Enfin ça, c’était quand j’en rêvais dans le train…
J’ai appris en arrivant que je ne disposais que d’1/2 heure pour l’entretien, qui vient de se réduire à 1/4 d’heure à la fin de la séance de dédicaces, puis de remonter à 1/2 heure après la négociation de Kévin auprès du stand Ballon Media où Fred doit dédicacer juste après. Ouf !
Mais le temps file plus vite qu’on ne le voudrait… Fred doit quand même souffler un peu avant de se lancer dans l’interview, et d’ailleurs il faut libérer des fauteuils dans l’arrière-stand, encore occupés par des auteurs BD qui attendent leur tour.
Kévin prend les choses en main, et nous sort la solution miracle pour réussir à filmer l’entretien : son smartphone qu’il tiendra à bout de bras ! Avec le bruit qui règne sous le chapiteau, je pense alors que le montage de l’interview va être coton…
Ni une ni deux, je démarre avec les questions qui s’enchaînent, et Fred me détend en répondant de manière très agréable, mais aussi très complète. Bon, j’avais demandé pour ne pas apparaitre dans l’interview, donc Kévin avait proposé de placer les questions en sous-titre au montage final.
Nous voilà donc très bien partis, quand Kévin me dit : on va arrêter là ! Je me dis qu’il y a un problème technique, je demande si c’est à cause de la batterie ? Il me répond que non, qu’on n’a plus de temps. Plus de temps ?? Vous auriez dû voir mes yeux ébahis !! 
Puis mon regard désespéré fait des allers-retours de mon questionnaire à mes interlocuteurs, en disant que c’est pas possible, que je suis à peine à la moitié de mes questions ! Kévin me dit alors : encore 2 questions maximum. Là je suis perdu, comment choisir seulement 2 questions dans toute ma liste ?
Et c’est à ce moment-là que je réalise que je ne suis pas à la moitié, mais au tiers de mes questions. Je n’ai abordé que la première partie de l’interview !! Donc je n’ai toujours pas parlé de Kriss de Valnor, et encore moins de Thorgal. Mais c’était pourtant le cœur de l’entretien !
Vous auriez dû me voir en train de lire en diagonale toutes mes questions ! En choisir 2, c’est impossible ! Mais là je me suis dit que si je ne me décidais pas, il n’y en aurait plus du tout !! Alors j’ai pioché une question sur Kriss, presque au hasard, puis une sur Thorgal. Mais je me morfondais déjà en me demandant ce qu’on allait faire comme montage avec une interview aussi incomplète. 
Fred m’a rassuré, en me proposant de terminer l’interview à distance. (Là d’un coup, en vous écrivant ça, je réalise qu’il s’est passé la même chose avec l’entretien que j’ai eu avec Roman Surzhenko, où j’ai dû clôturer les dernières questions à distance pour boucler le tout. Ce ne serait pas moi le problème ?
)
Fred me propose Facebook, je lui réponds que ce n’est pas trop mon truc, alors ce sera plutôt par e-mail. Et donc voilà où j’en suis aujourd’hui : un tiers de l’entretien a été filmé dans des conditions délicates et se trouve sur le smartphone de Kévin, les deux autres tiers des questions sont toujours manuscrites et n’ont pas encore été demandées à Fred Vignaux. En en plus, je ne sais plus trop quelles questions j’ai déjà posées ! Je vous avais dit que c’était un fiasco, cet entretien !!
Allez, pas tout à fait, et ce pour deux raisons principales :
Après l’entretien, j’ai quand même sorti un sachet de Schtroumpfs Haribo de mon sac et les ai offerts à Fred de la part de Stéph (Euh… Fred, si tu me lis, je suis quand même désolé pour ces bonbons. Je me suis acheté le même sachet au retour, ils collent affreusement aux dents ! Mais bon, c’est pas vraiment ma faute, c’est Thorgal-Bx qui m’a forcé !).
Et la deuxième chose qui m’a vraiment rassuré, c’est le gros câlin que Fred m’a offert avant de nous quitter, ça m’a vraiment fait chaud au cœur. Enfin là aussi, j’ai failli faire tout capoter ! En Belgique on ne fait qu’une bise, et quand Fred veut me faire la deuxième bise à la française, j’étais déjà presque parti. Rhooo… la honte…
Enfin bon, il m’a confirmé qu’il n’arrêtait pas, depuis qu’il était arrivé à Bruxelles, de se prendre des vents avec tous ces Belges radins en bises !
Voilà, je passe rapidement sur mon trajet retour. En sortant du chapiteau, je me rends compte que mon train démarre dans 10 minutes. Là je pique un sprint jusqu’au quai de la gare. Extra, je suis dans les temps ! Mais non, mon train n’existe plus ?! Je remonte jusqu’au panneau central de la gare comme un fou, plus de train pour moi avant 45 minutes ! Le train que je devais prendre a été annulé ! 
Quand rien ne va, on fait parfois des choses bizarres… Je suis reparti de rage à la foire de la BD, je suis entré dans le premier stand – c’était celui de Dargaud – et j’ai acheté les premières BD que j’ai vues ! Ah oui, j’ai aussi acheté un sachet de Schtroumpfs Haribo (que j’ai finalement refilé à un enfant dans le train !).
Au final, je m’en souviendrai longtemps, de ma première rencontre avec Fred Vignaux ! 
Ah zut, tu as vraiment raté ton train ? 7 h dans la journée, c’est quand même hyper long. On croit que la Belgique c’est tout petit, mais en fait c’est un demi-continent.
A part ça, que dire ? L’entretien t’a fait transpirer mais ne me semble pas avoir été un bide. Fred devait être content de parler de son parcours. Tiens, hé, comme il a honteusement avoué ne pas être un grand lecteur de Thorgal (encore qu’il s’est peut-être rattrapé depuis) ça l’a sûrement soulagé de voir un gars mandaté par la communauté thorgalienne et qui ne lui pose pas une question sur Thorgal. Ah ah ! Bien joué, maintenant on l’a dans la poche, il ne fera plus que des dédicaces en couleurs et des albums de 64 pages !
Par contre, autant pour l’entretien et le train tu es pardonné, autant pour la bise et les bonbons c’est moins bien. Non mais Tjahzi, une seule bise ? On n’a jamais vu ça. Normalement c’est deux bises, et même quatre pour maman. J’ai une cousine qui fait trois, mais à chaque fois j’ai l’impression qu’on a raté un truc, ou qu’on s’entraîne pour regarder à gauche à droite avant de traverser une rue.
Et les bonbons, dis donc, les Schtroumpfs c’est bon. Y a même les Schtroumpfs Pik pour ceux qui aiment le danger. Je te remercie quand même, parce que je n’avais jamais remarqué qu’il y a deux Schtroumpfettes différentes dans le paquet, j’y serai plus attentif la prochaine fois. Ça mérite enquête.
Ah, merci de me rassurer un peu pour l’interview… C’est clair que je n’ai mis aucune pression à Fred, en n’abordant pas les sujets d’actualité autour de Kriss et Thorgal ! 
Non mais pour les bises, c’est culturel, on n’échange qu’une bise en Belgique. C’est bien plus simple, parce qu’en France, ça change tellement selon les régions ! 

Le britannique Paul Taylor a essayé de résumer la situation dans une vidéo ! 
Source : Journal Ouest France
Merci pour tes péripéties, c’est agréable de voir que le nouveau dessinateur à l’air sympa et abordable. Tu as vécu une journée de stress, mais pas du tout un fiasco, vu le lien établi avec Fred Vignaux et l’interview probablement bientôt complétée.
Oui, tu as raison Galathorn, tout n’est pas perdu pour la suite ! 
Il était prévu que je fasse un entretien avec Fred, mais vu comme tu es parti, je n’aurai plus rien à lui demander !
A la place, on mangera des gaufres, on jouera à 7 Wonders.
J’ai voulu faire comme Tjahzi, glander sur Internet surfer à la recherche de belles infos sur notre série préférée, et je suis tombé par hasard sur ce montage photo.
Mais qui a bien pu réaliser un truc pareil ? Et ne dites pas que c’est moi, vous allez finir par me faire virer !
Déjà, ça peut pas être moi, j’y étais pas à la fête de la BD.




* Pour ceux qui auraient raté cet épisode troublant, il est dévoilé ICI.







Rhooo !! Il l’a fait !?! 
Jamais je récupérerai les réponses de Fred après ça 
Pfff… et mon entretien ? 
Tjahzi a écrit
Ah, merci de me rassurer un peu pour l’interview… C’est clair que je n’ai mis aucune pression à Fred, en n’abordant pas les sujets d’actualité autour de Kriss et Thorgal !" />
Non mais pour les bises, c’est culturel, on n’échange qu’une bise en Belgique. C’est bien plus simple, parce qu’en France, ça change tellement selon les régions !
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Et tu peux rajouter qu’en Région parisienne, certains en font 4 également!
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Stéph, ta BD m’a tué.
Merci pour cette belle tranche de bonne humeur 😉
Je vais compléter le questionnaire le plus consciencieusement possible !! effectivement… en une demi-heure… ce n’était pas jouable !
et encore merci à Tjahzi pour sa patience 😉
Oh mince ! Fred est passé et a vu vos cochonneries ! J’ai honte pour vous. Vous allez vraiment finir par me fâcher avec tous les auteurs du Lombard. 
Heureusement que je suis attentif à la qualité éditoriale du contenu du site. 
Merci Fred de répondre à nos questions, malgré les pastiches ignobles qui circulent sous le manteau !
Oh mince ! Fred est passé et a vu vos cochonneries ! J’ai honte pour vous. Vous allez vraiment finir par me fâcher avec tous les auteurs du Lombard. 
Heureusement que je suis attentif à la qualité éditoriale du contenu du site. 
Merci Fred de répondre à nos questions, malgré les pastiches ignobles qui circulent sous le manteau !
Fred Vignaux a écrit
Je vais compléter le questionnaire le plus consciencieusement possible !! effectivement… en une demi-heure… ce n’était pas jouable ! et encore merci à Tjahzi pour sa patience.
Super, je patienterai encore plus pour la suite de l’entretien ! 
Thorgal-BD a écrit
Merci Fred de répondre à nos questions, malgré les pastiches ignobles qui circulent sous le manteau !
Mais sous le manteau de qui ? 

Génial le roman-photo ! Je crierai moi aussi « VI-GNAUX ! » lors d’une de ses prochaines séances de dédicaces ! 
Tjahzi a écrit
Mais sous le manteau de qui ?
Oh, un enfant tout nu ! Comme dans « La bataille d’Asgard » ! Thorgal a perverti notre Tjahzi.
Hé, si ça se trouve, tu as fait exprès de poster des photos dont la lecture ne pouvait qu’immanquablement amener n’importe quel passant à imaginer une charmante parodie ! D’ailleurs je vous invite à retourner voir les photos sans le texte, vous verrez que tout est logique.
Nils a écrit
Je crierai moi aussi « VI-GNAUX ! » lors d’une de ses prochaines séances de dédicaces !
Validé !
Et si en plus vous faites ça à plusieurs, en secouant des p’tits sachets de bonbons, c’est là qu’on verra qu’une vraie communauté thorgalienne a saisi l’essentiel de ce qui est raconté sur Thorgal.com.
Thorgal-BD a écrit
D’ailleurs je vous invite à retourner voir les photos sans le texte, vous verrez que tout est logique.
Alors là, c’est n’importe quoi !
L’ordre des photos a été complètement chamboulé ! Un chargé de communication du Lombard n’y retrouverait pas ses petits !
Thorgal-BD a écrit
" /> Et si en plus vous faites ça à plusieurs, en secouant des p’tits sachets de bonbons, c’est là qu’on verra qu’une vraie communauté thorgalienne a saisi l’essentiel de ce qui est raconté sur Thorgal.com.
Et si plutôt on demandait tous à Vignaux une dédicace de Kriss sur un dragon survolant une ville un jour de marché en couleur sur 2 pages ?
Le dragon aurait la tête de Dorison.
C’est sympa de la part de Fred Vignaux de passer sur le forum ^^. Stéphane, fabuleux le détournement dont tu n’es pas l’auteur. La détresse de Tjahzi est bien retranscrite ^^
Des Haribo, des bises, et des trains. Excellent, merci les gars j’ai bien ri ce matin !
Elles viennent d’arriver, elles sont encore chaudes !
Quoi donc ? Mais les réponses de Fred à l’entretien, celui qui a débuté le mois dernier à la fête de la BD à Bruxelles. Vous ne vous souvenez pas ? Regardez à la page précédente pour découvrir mon reportage sur le vif. Attention, ne le confondez pas avec l’horrible pastiche qui a complètement détourné mes photos ! 
Dans l’interview enregistrée, je n’avais abordé avec Fred que sa présentation, sa méthode de travail et ses autres BD. Il m’a donc très aimablement proposé de répondre par écrit aux questions que je n’avais pas eu le temps de lui poser. Et voilà ses réponses ! 
Je vais vous les présenter en suivant les 3 chapitres de l’interview :
– Thorgal et ses Mondes
– La série Kriss de Valnor
– La série Thorgal
Aujourd’hui, ce sera « Thorgal et ses Mondes ». 
Fred Vignaux, comment vous êtes-vous retrouvé dans les Mondes de Thorgal ? Comment avez-vous réagi en recevant cette proposition ?
J’ai reçu un appel téléphonique alors que j’étais au rayon électrique d’une grande enseigne bricolage. D’où l’intérêt de répondre au téléphone quelle que soit la situation ! 😉 J’ai plutôt été agréablement surpris car je pensais, voyant que l’appel provenait de Belgique, qu’il s’agissait de Time Twins que j’avais fait avec J-C Derrien chez Le Lombard et dont ils cessaient l’exploitation.
Enfant, vous aviez découvert Thorgal dans le magazine Tintin. L’avez-vous redécouvert suite à votre implication dans les Mondes de Thorgal ?
J’ai commencé avec le Journal de Tintin et j’ai continué récemment à compléter mes lectures pendant la création de Kriss. Je suis loin d’avoir une connaissance encyclopédique de l’univers de Thorgal ! Mais je m’efforce de combler mes lacunes !
Quel est votre album préféré de la série, et pour quelle raison ?
« Alinoë » et « Les Archers » car j’ai commencé avec eux dans le Journal de Tintin.
Quels avantages – ou inconvénients – trouvez-vous à reprendre une série des Mondes de Thorgal ?
L’univers de Thorgal est riche, inspirant, porté par une saga familiale haute en rebondissement et des personnages charismatiques ! Quoi de plus motivant ! La charte graphique, même si elle est contraignante (trois strips), stimule la créativité !
Est-ce que vous ressentez une affinité particulière pour certains personnages de la série ?
Sans doute Kriss…. C’est le personnage par lequel tout a commencé : au début de mes lectures à l’époque du Journal de Tintin et maintenant en tant que dessinateur des Mondes de Thorgal.
En reprenant la série Kriss de Valnor, vous dessinez des personnages connus du public. Est-ce plus difficile de les dessiner que de créer de nouveaux personnages ?
Le challenge est plus difficile sur les personnages « historiques » des Mondes de Thorgal. Le style de Grzegorz évolue tout au long des albums, et la Kriss des « Archers » n’est pas la même que celle de « Kriss de Valnor ». De même, quand Grzegorz bascule en couleurs directes, au-delà du médium et de la technique, les personnages changent également de stylisation. Il faut donc saisir l’essence même des personnages et essayer de la retranscrire du mieux possible ! Pour de nouveaux personnages, c’est plus simple, on reprend des caractéristiques ou morphologies déjà établies, on extrapole et mon style naturel fait le reste !
Cool, c’est parti !
Quelques mots sur Time Twins, ou plutôt quelques images. L’histoire de jumelles traversant le temps pour retrouver les pièces d’une machine qui leur permettrait de revenir à leur époque. C’est amusant, chaque album a pour titre une date, celle où les deux malheureuses ont été projetées.
C’est avec Jean-Christophe Derrien au scénario, un auteur que je ne connais pour ma part que pour « Miss Endicott », au Lombard aussi tiens, avec l’excellent Xavier Fourquemin, un de mes dessinateurs actuels préférés.
Les couvertures !



Comme vous le voyez, le dessin n’a rien à voir avec ce que propose Fred dans Kriss de Valnor. Ces albums ont 10 ans, je trouve ça intéressant, ça souligne le côté polymorphe de son dessin.
Des planches.




La série n’est plus dispo sur le site du Lombard.
Thorgal-BD a écrit
Comme vous le voyez, le dessin n’a rien à voir avec ce que propose Fred dans Kriss de Valnor. Ces albums ont 10 ans, je trouve ça intéressant, ça souligne le côté polymorphe de son dessin.
C’est clair, ce style n’a rien à voir avec le travail de Fred sur Kriss de Valnor !
C’est d’ailleurs pour ça que Time Twins m’attire moins : un dessin lisse – même s’il est assez fouillé, style BD pour ados, comme les séries de chez Soleil, éditeur chez lequel je pense n’avoir encore jamais acheté de BD… donc heureusement que pour Thorgal, Fred a changé de style ! 
Thorgal.com : Avez-vous reçu des consignes particulières avant d’entamer la série Kriss de Valnor ?
Fred Vignaux : La « charte des mondes de Thorgal » devait être respectée. Vaste sujet ! C’est à la fois contraignant et terriblement stimulant !
De quelle manière avez-vous collaboré avec Grzegorz Rosinski ?
Grzegorz est intervenu au début lors de mes planches d’essai et ensuite une fois les dix premières planches terminées. Nous en avons discuté de vive voix, chez lui en Suisse, croquis à l’appui ! Après m’avoir fait part de toutes ses remarques, il m’a laissé le champ libre.
Qui a eu l’idée des thèmes des couvertures de vos albums de Kriss ?
J’ai fait des propositions sur les scènes emblématiques des albums et Grzegorz, avec son talent, a fait le reste. C’était magique de voir les croquis se transformer en véritables peintures ! Quel beau cadeau !
Comment se passe la collaboration avec votre scénariste Mathieu Mariolle ? Est-ce qu’elle a évolué entre les deux tomes de Kriss ?
Quand je suis arrivé sur le tome 7, le scénario de Xavier et Mathieu était bouclé, nous n’avons eu qu’à huiler l’ensemble lors de la phase de storyboard ! Sur le tome 8, Mathieu est parti de l’idée commune élaborée avec Xavier et nous a montré une ébauche précise sur laquelle nous avons rebondi avec notre éditeur Gauthier Van Meerbeeck. Il a ensuite réalisé le script final.
Y-a-t-il des éléments du scénario auxquels vous apportez parfois votre touche personnelle ?
Comme je suis souvent le premier lecteur, je m’attache surtout à la logique d’enchaînement des situations et des mécaniques scénaristiques. Il y a de multiples situations où cela fonctionne sur le papier machine… mais pas sur le papier Canson. 😉 Par exemple, – ATTENTION SPOILER – quand dans le tome 08 Magnus lance une liane au-dessus du précipice pour secourir Jolan. À l’origine il s’agissait d’une simple branche tendue, ce qui implique que Joril aurait pu aussi, par la suite, franchir le précipice. Tel que nous avons modifié la scène… ce n’est plus possible. Comme Xavier et Mathieu sont particulièrement à l’écoute, tous ces ajustements se font de manière tout à fait fluide !
Thorgal.com : Ces albums ont la particularité d’être divisés chacun en deux histoires parallèles, celle de Kriss et celle de Jolan. Cela complique-t-il votre travail ?
Fred Vignaux : Pas du tout ! Ça fait plus de décors et d’ambiance à créer… c’est moins monotone pour le dessinateur ! 😉
Avez-vous une préférence pour un des deux récits ? un des deux héros ? un des deux décors de l’histoire ?
J’ai beaucoup aimé dessiner la partie de Jolan dans le tome 7 car mon style graphique commençait à évoluer comme je le voulais ! Sinon, dans le tome 8, j’aime bien la scène P30 qui est un hommage au tome 28 de Thorgal.
Vous avez reçu l’aide d’un coloriste pour Kriss de Valnor. Ce n’est pas dans vos habitudes. Comment travaillez-vous avec Gaétan Georges ?
J’ai toujours pensé mes planches en couleurs… pour Kriss, je pousse l’encrage un peu plus loin et je fais un petit document pour Gaétan dans lequel je décris toutes les intentions couleurs. J’y joins des illustrations pour montrer les ambiances et parfois je pose les valeurs en niveau de gris sur les planches. Après, Gaétan s’en inspire librement. J’ai beaucoup aimé son travail sur « Rock and Stone » et « La horde du contrevent ». Quand je reçois ses planches, je me dis souvent… Waow… ça le fait ! Ses couleurs participent grandement à rendre l’ensemble très thorgalien !
Entre Neige et Kriss de Valnor, vos albums sortent tous les 6 mois. Comment tenez-vous un rythme pareil ? Allez-vous continuer à dessiner les séries dérivées de Neige ?
Oui… 4 albums en deux ans, c’est pas mal… plus les couvertures « Mythologie », ça fait beaucoup… tout en maintenant un certain degré d’exigence… je n’étais clairement pas aux 35H !! 😉 La trilogie « Neige origines » étant bouclée, je vais me consacrer pleinement à Thorgal dans les années à venir.
Sympas ces aller-retour entre vous deux.
J’ai l’impression qu’en plus on fait vraiment le tour des questions, tout en restant sur l’essentiel. Bien joué.
J’aime bien aussi cette impression de passage de témoin, comme si chacun confiait son bébé à l’autre à tour de rôle. Le scénariste qui donne son texte au dessinateur, le dessinateur qui s’efforce d’abandonner à un autre la mise en couleurs, pour au final en ressortir très content. L’éditeur qui passe de temps en temps, pour accompagner les troupes.
Bien !
Tjahzi a écrit
style BD pour ados, comme les séries de chez Soleil, éditeur chez lequel je pense n’avoir encore jamais acheté de BD
Boah j’ai environ 200 albums de chez Soleil à la maison. Feuillette leur catalogue, je trouve qu’il n’y a pas de raison de les bouder, ils font de tout, avec beaucoup de belles choses.
Trés sympa cette interview. Bon je te cache pas qu’il me tarde qu’on arrive a la partie 3. 
En tout cas merci. 
Thorgal.com : Grzegorz Rosinski vous a désigné comme son successeur pour reprendre Thorgal. Comment avez-vous reçu la nouvelle ? Qu’espérez-vous apporter à la série Thorgal ?
Fred Vignaux : C’est un immense honneur que m’a fait Grzegorz. C’est aussi une grande responsabilité : Je deviens avec Yann le garant de l’esprit et des valeurs de Thorgal. Graphiquement, j’espère apporter ce que Grzegorz apportait, c’est-à-dire un dessin vivant qui a évolué en fonction de ses sensibilités et envies du moment. Je suis constamment à la recherche de nouveaux moyens et façons de dessiner, mon style peut aussi évoluer… 😉
Grzegorz Rosinski a fait évoluer son style pictural tout au long de sa carrière. Allez-vous vous rapprocher d’un style en particulier ? Quels conseils recevez-vous de lui ?
Je vais revenir à son style encré comme ce qu’il faisait avant le tome 29. Avec les couleurs de Gaétan qui sont à mi-chemin entre l’ancien et le nouveau style de Grzegorz, le lecteur ne sera pas perdu ! Sinon, Il m’a demandé de coller au plus juste les personnages… et m’a montré quelques trucs !
Etes-vous déjà au travail sur le nouveau tome de Thorgal ? Peut-on connaître le nom du scénariste ?
Oui, j’y travaille… et c’est Yann qui s’occupe avec talent du scénario !
Nous sortons d’un long cycle des aventures de Thorgal ? Est-ce qu’on repart directement sur un nouveau cycle ?
C’est une histoire indépendante faisant suite au futur tome 36, les lecteurs hardcore de Thorgal devraient se trouver en terrain conquis ! Est-ce que cela fait partie d’un cycle ?… L’avenir nous le dira !! 😉
Une petite anecdote sur ce futur album pour titiller l’appétit des fans ?
Ah Ah !… Bien tenté ! Mais c’est encore trop tôt ! 😉
Un grand merci Fred pour cette interview !
Merci à toi pour tes longues heures dans les transports et le paquet de Schtroumpfs Haribo ! 😉
Abeloth a écrit
Très sympa cette interview. Bon je te cache pas qu’il me tarde qu’on arrive à la partie 3.
Désolé, ça te paraîtra sans doute trop court…
J’aurais aimé poser ces questions en direct durant l’interview, mais voilà, c’est finalement à distance que Fred Vignaux m’a gracieusement répondu sur cette partie de l’entretien. Quand on écrit, on va plus à l’essentiel que lors d’une discussion. Maintenant, j’aimerais bien remettre la main sur la vidéo consacrée à la première partie de l’entretien. Je vais recontacter Kévin du Lombard, j’espère qu’on pourra aussi la diffuser. 
C’est court c’est vrai, mais ça donne vraiment envie d’être l’année prochaine pour voir ce futur album. J’aime pas trop me projeter, surtout que bon, on a un album qui sort dans un mois a peine, mais c’est clair que je suis vraiment curieux de voir ce que va donner cette nouvelle ère pour Thorgal. Tant sur le dessin que sur le scénario.
En tout cas merci encore a toi et a Fred pour toutes ces petites infos. 
Allez je me projette un poil. Un album en one shot donc, mais qui pourrait ouvrir un nouveau cycle. Ce serait donc un album du type « Les archers » ou « L’épée-soleil » en gros. Un album qui se suffit a lui même mais qui rajouté a d’autres albums peut former un cycle. J’aime cette idée. Ça va faire un bien fou a la saga. 
En tout cas, merci beaucoup Tjahzi pour ce beau travail accompli !
Argh, Kevin est en vacances ! On n’est pas près d’avoir la suite ! Surtout s’il échappe son portable dans la mer du Nord ou la Meuse.
Tu vois, tes bonbons tout collants ont fait mouche.
Thorgal-BD a écrit
Tu vois, tes bonbons tout collants ont fait mouche.
Des bonbons ou un sort ? 

Tjahzi a écrit
les lecteurs hardcore de Thorgal devraient se trouver en terrain conquis !
On l’espère ! ou sinon

Super l’interview. Ça met en appétit. Moi aussi j’aimerais assez des one shot, ça nous éviterait d’être coincé pour 10 ans en cas de terrain glissant.
Et attention les bonbons, on ne voudrait pas de scénarios trop sucrés justement 
Tjahzi a écrit
Je deviens avec Yann le garant de l’esprit et des valeurs de Thorgal.
Le truc c’est qu’on sait aussi que quoiqu’il arrive la série est « bankable » alors on ne peut que compter sur leur bonne foi. Je pense que c’est, dans l’ordre, sur la question des valeurs et de la qualité des dialogues que je serai attentive. Pour le dessin, avec le départ de Rosinski il faudra forcément rester ouvert aux propositions.
Bon les amis, je vous annonce officiellement que j’ai rencontré Fred Vignaux il y a quelques jours, et même mangé une pizza à ses côtés.
J’en ai profité pour lui poser quelques questions, et il a gentiment pris le temps de répondre en laissant vagabonder ses souvenirs et ses idées.
J’ai donc pour vous, en stock tout frais et soyeux, un entretien avec le nouveau dessinateur de la série Thorgal.
Et pour commencer cette nouvelle aventure, quoi de mieux qu’une image devenue culte, et qui marquera la carrière du dessinateur ?

Pfff… pas sûr que ce soit la meilleure image pour démarrer cette interview sur de bonnes bases
Alors comme ça, Fred a préféré t’avoir à ses côtés plutôt qu’en face avec ta pizza ? Je le comprends fort bien
Voyou va ! Pas en face, c’est vrai, mais c’est parce qu’on était nombreux à table. Donc bien à mes côtés !
Bon bon bon c’est parti, voici la première partie de l’entretien. Je vous le distillerai tout au long du mois d’octobre.
Bonjour Fred, vous êtes le nouveau dessinateur de la série Thorgal. Le premier album issu de votre collaboration avec le scénariste Yann va paraître prochainement. Comment l’aventure Thorgal a-t-elle commencé pour vous ?
C’est une anecdote que j’ai beaucoup racontée ! Je me promenais dans le rayon circuits électriques d’une grande surface de bricolage, et j’ai reçu un appel téléphonique de Gauthier Van Meerbeck, le directeur éditorial du Lombard. J’ai pensé qu’il souhaitait me parler de « Time Twins », bande dessinée réalisée une dizaine d’années auparavant, et dont les droits devaient tomber puisqu’elle n’était pas rééditée. Et j’ai eu la surprise de me voir proposer la reprise de la série « Kriss de Valnor ».
Je suis donc arrivé dans l’univers Thorgal suite à cet appel de Gauthier, mais j’ai su bien plus tard l’histoire qui était derrière tout ça, lors d’un entretien réalisé en présence de Xavier Dorison, pour une revue. Quand Roman Surzhenko a arrêté de travailler sur Kriss de Valnor, parce qu’il a énormément de travail et qu’il est très sollicité, il a fallu chercher un nouveau dessinateur. Et c’est Xavier qui est allé en librairie et qui a regardé quel dessinateur pourrait être choisi pour reprendre Kriss de Valnor. A cette époque, j’avais dessiné le tome 2 de « Neige Origines ». Il y avait également toutes les couvertures de la série « Mythologies » qui étaient exposées. J’avais énormément de visibilité, et Xavier a pensé que j’avais un dessin qui correspondait à ce qu’il recherchait. Il aurait donc proposé de me contacter. Et Gauthier m’a téléphoné.
Vous commencez donc l’aventure avec la série « Kriss de Valnor », une série des Mondes de Thorgal, avec Xavier Dorison et Mathieu Mariolle au scénario.
Oui, nous avons réalisé l’album « La montagne du temps », avec Mathieu et Xavier en coscénaristes. Xavier a également écrit « Le feu écarlate » pour la série Thorgal, puis il a laissé Yann poursuivre la série avec l’album « Aniel ». Je suis resté sur l’aventure Kriss de Valnor, avec Mathieu Mariolle au scénario pour le tome 8 « Le maître de justice ».
Suite à cela, on m’a proposé de reprendre Thorgal.
…
Quelques mots sur tout cela.
Tout d’abord, je ne vais pas vous reparler de « Time Twins » car il suffit d’aller voir un peu plus haut sur cette page, j’avais posté l’an dernier les couvertures et des infos sur cette courte série, ainsi que quelques planches. Vous pourrez le voir, il s’agissait d’un dessin complètement différent.
On reparlera de « Neige » et « Mythologies » plus loin dans l’entretien.
Voici quelques liens complémentaires pour rencontrer les auteurs cités dans ces premiers paragraphes.
jamais lu Time Twins… ça fait un peu album de chez Soleil…
Mais que vois-je
: En regardant les liens vers les différents auteurs, je découvre que Fred Vignaux n’apparait pas parmi les auteurs de Thorgal
A sa place, je mettrais immédiatement mon veto sur la diffusion de la suite de son interview tant que cette infamie persiste !
Roh, oui, c’est vrai…
En fait la fiche de Fred est en ligne depuis mars 2018. Une fiche provisoire avec une bio provisoire copiée-collée d’ailleurs, mais elle était là quand même. Je voulais lui faire son bandeau d’intro dans la foulée, mais j’ai complètement oublié.
Fred arrive malheureusement dans une période au cours de laquelle j’ai clairement levé le pied, pour diverses raisons que j’ai expliquées ailleurs. Les retards s’accumulent et les projets se figent un peu.
Mais heureusement j’ai mon Jiminytjahzi qui me remet sur la bonne route régulièrement. Je viens de faire la mise à jour. Elle est vraiment sympa la page d’accueil de la partie Auteurs, d’ailleurs ! Du bon boulot, le mec qu’a fait ça.
Quant à une vraie fiche auteur pour Fred, c’est sur les rails. Faut juste que j’attrape le train. Tiens, cette histoire de train à prendre m’en rappelle une autre…
Nils a écrit
ça fait un peu album de chez Soleil…
Ce n’est pas forcément péjoratif pour moi qui apprécie le modèle, mais effectivement ça fait partie des expérimentations de l’auteur. Il en parle justement dans l’extrait de l’entretien… que je voulais vous proposer aujourd’hui, mais qui sera pour demain !
on est déjà demain !
Thorgal-BD a écrit
En fait la fiche de Fred est en ligne depuis mars 2018. Une fiche provisoire avec une bio provisoire copiée-collée d’ailleurs, mais elle était là quand même. Je voulais lui faire son bandeau d’intro dans la foulée, mais j’ai complètement oublié. Mais heureusement j’ai mon Jiminytjahzi qui me remet sur la bonne route régulièrement. Je viens de faire la mise à jour. Elle est vraiment sympa la page d’accueil de la partie Auteurs, d’ailleurs ! Du bon boulot, le mec qu’a fait ça.
Jiminytjahzi te dit merci pour cette réaction rapide !
Et oui, elle est très agréable à découvrir, cette page d’accueil des auteurs ! C’est à voir sur ce magnifique site : Lien vers communaute-thorgal.com
Et si on disait que pour la sortie du tome 37 et la fin de la publication de l’interview, on découvrait la nouvelle fiche complète de Fred… hmm ?
Tjahzi a écrit
Et si on disait que pour la sortie du tome 37 et la fin de la publication de l’interview, on découvrait la nouvelle fiche complète de Fred… hmm ?
Ben c’est prévu dans mon emploi du temps, mais y arriverai-je ? On verra !
Nils a écrit
on est déjà demain !
Alors…
Mettons Thorgal de côté pendant quelques instants, pour parler de Kriss. Quand vous apprenez, dans ce magasin de bricolage, qu’on pense à vous pour Kriss de Valnor, qu’est-ce que cela vous évoque ? Qui est Kriss, pour vous, à ce moment-là ?
Je connaissais bien Kriss de Valnor ! J’étais abonné au journal Tintin dans les années 80, peut-être de 1983 à 1986, et j’ai commencé à lire cette revue avec, entre autres, la fin de « Alinoë ». Il n’y avait pas le début de l’histoire, parce que c’était un journal qui publiait à chaque fois une dizaine de planches à suivre, et qu’on lisait un album en plusieurs semaines.
J’ai donc lu la fin de « Alinoë » puis l’album « Les archers » en entier, au cours des semaines suivantes. C’était le premier tome où apparaissait Kriss de Valnor. On peut dire que j’ai commencé Thorgal avec le personnage de Kriss de Valnor, qui met des bâtons dans les roues de Thorgal depuis ce tome 9.
Quel âge aviez-vous ?
11 ou 12 ans.
Voilà, comme ça nous connaissons votre âge.
Oui ! C’est drôle, sur Wikipédia la bonne année de naissance est indiquée mais pas le bon jour. J’ai d’ailleurs une anecdote amusante. Il y a quelques temps, j’ai donné des cours dans une école primaire, en janvier, et au début du deuxième ou troisième cours les enfants ont chanté « Joyeux anniversaire » quand j’ai ouvert la porte. J’ai été très surpris ! Ils m’ont dit qu’ils avaient vu que le 5 janvier est le jour de mon anniversaire. J’ai malheureusement dû leur annoncer que ce n’était pas le bon jour. Le maître en a profité pour leur expliquer qu’il faut se méfier des informations sur Internet et toujours vérifier ses sources ! C’était quand même une attention très sympa de la part du maître et de ses élèves.
Je n’ai pas encore actualisé les informations sur Wikipédia : 30 décembre 1972.

C’est noté ! Et par la suite, entre ces années de découverte et le moment où vous reprenez le dessin de Kriss de Valnor, est-ce que Thorgal est revenu intervenir dans votre parcours ?
En fait, je n’ai pas beaucoup lu Thorgal par la suite. Le journal de Tintin s’est arrêté au début des années 90. A cette époque, j’ai découvert une nouvelle génération de BD, c’étaient les débuts de Delcourt, Soleil, avec des séries comme Aquablue, Lanfeust, la collection Série B… J’étais plutôt attiré par cela.
Je suis revenu vers Thorgal quand j’ai commencé à faire de la bande dessinée, quand j’ai cherché à m’inspirer de beaux dessins encrés. Je me suis replongé dans les travaux des maîtres, des dessinateurs avec un encrage très présent. Ce n’était pas toujours le cas dans la BD plus actuelle, où on trouvait souvent un dessin semi-réaliste plutôt que réaliste. Je suis revenu sur ce qui avait été fait dans le passé, les dessins de Victor de la Fuente, des classiques. Peu à peu, je me suis aperçu que beaucoup de dessinateurs contemporains, comme Mathieu Lauffray ou Benoît Springer s’inspiraient de cette époque et essayaient de remettre en lumière ces techniques d’encrage, ces dessins encrés.
…
Tout d’abord, pour connaître les dates de publication des albums de Thorgal dans l’hebdomadaire Tintin, je vous propose de consulter la partie « A propos » de l’album « Les yeux de Tanatloc » qui revient sur cette période magique. C’est à voir ICI.
ThorgalAlinoëTome 8Février 1985
ThorgalLes archersTome 9Septembre 1985Et voici les liens vers les albums découverts par le jeune Frédéric, au début des années 80.
Encore un lien ? Vous voulez voir la page Wikipédia qui affiche la date de naissance de Fred version fake ?
Lien vers fr.wikipedia.org
Aquablue et Lanfeust, cités par Fred, j’espère que vous connaissez. On est effectivement sur le top grand public de ce qui s’est fait au début des années 90, en SF et médiéval-fantastique. Aquablue est l’une de mes séries préférées, avec une patte graphique particulière et une ambiance fabuleuse.


Série B est un label phare de Delcourt. J’en ai aussi beaucoup dans ma collection. Le label rassemble aujourd’hui de nombreux titres, mais je pense que ceux dont parle Fred sont les mêmes qui m’ont profondément marqué à mon adolescence : « Golden City » de Malfin et Pecqeur, « Carmen Mac Callum » de Duval et Gess, ou encore mon petit (grand) préféré « Travis » de Duval et Quet.



Bon, je voulais aussi vous parler de Lauffray ou de la Fuente, mais dis donc, tu as vu l’heure ? On verra ça demain.
Encore un lien ? Vous voulez voir la page Wikipédia qui affiche la date de naissance de Fred version fake ? Lien vers fr.wikipedia.org
Rhooo… comme je ne supporte pas les fake sur Wikipédia, je viens d’y changer la date de naissance de Fred, et j’ai signalé à BDGest de la modifier aussi chez eux…
Tjahzi, la date est ben changée en haut du document mais mais le lien de bas de page reste
- essinateur français de bande dessinée" href="Lien vers fr.wikipedia.org
essinateur_fran%C3%A7ais_de_bande_dessin%C3%A9e">Dessinateur français de bande dessinée - Naissance en janvier 1972
- Naissance à Toulouse

Merci Muff, c’est fait !
Entretien intéressant avec Vignaux… à quand la suite?
Oui désolé, la suite demain !
Je voulais d’abord revenir sur les propos de l’autre jour.
Tout d’abord, comme je suis sûr que vous êtes tous trop fainéants pour avoir cliqué sur les liens (pourtant fabuleux) menant aux autres pages du site Thorgal.com, je vous copie ici le tableau de parution des albums dans Tintin.
| La magicienne trahie Presque le paradis… |
Tintin – Mars 1977 Tintin – Janvier 1979 |
Album – Février 1980 |
| L’île des mers gelées | Tintin – Avril 1978 | Album – Octobre 1980 |
| Les trois vieillards du pays d’Aran | Tintin – Juin 1979 | Album – Octobre 1981 |
| La galère noire | Tintin – Février 1981 | Album – Mai 1982 |
| Au-delà des ombres | Tintin – Juillet 1982 | Album – Août 1983 |
| La chute de Brek Zarith | Tintin – Février 1983 | Album – Juin 1984 |
| Le drakkar perdu Le talisman Le métal qui n’existait pas L’enfant des étoiles |
Super Tintin – Juillet 1981 Super Tintin – Juillet 1982 Super Tintin – Juillet 1983 |
Album – Septembre 1984 |
| Alinoë | Tintin – Janvier 1984 | Album – Février 1985 |
| Les archers | Tintin – Juillet 1984 | Album – Septembre 1985 |
| Le pays Qâ | Tintin – Décembre 1984 | Album – Avril 1986 |
| Les yeux de Tanatloc | Tintin – Septembre 1985 | Album – Octobre 1986 |
| La cité du dieu perdu | Tintin – Janvier 1987 | Album – Octobre 1987 |
| Entre terre et lumière | Non publié | Album – Novembre 1988 |
| La montagne d’Odin Holmganga Première neige Les larmes de Tjahzi Aaricia |
Super Tintin – Octobre 1984 Super Tintin – Octobre 1985 Super Tintin – Décembre 1987 Super Tintin – Novembre 1988 |
Album – Mai 1989 |
| Le maître des montagnes | Non publié | Album – Octobre 1989 |
| Louve | Hello Bédé – Mai 1990 | Album – Novembre 1990 |
| La gardienne des clés | Hello Bédé – Février 1991 | Album – Juin 1991 |
| L’épée-soleil | Hello Bédé – Janvier 1992 | Album – Avril 1992 |
Parlons de ceci maintenant :
Fred Vignaux a dit
Je suis revenu sur ce qui avait été fait dans le passé, les dessins de Victor de la Fuente, des classiques. Peu à peu, je me suis aperçu que beaucoup de dessinateurs contemporains, comme Mathieu Lauffray ou Benoît Springer s’inspiraient de cette époque et essayaient de remettre en lumière ces techniques d’encrage, ces dessins encrés.
Ne connaissant ni De la Fuente, ni Springer, j’ai fait quelques recherches pour vous.
Victor de la Fuente est un dessinateur espagnol, décédé il y a une dizaine d’années. Il a eu, d’après ce que j’ai vu, une production importante tout au long de sa vie. Beaucoup de western, mais pas seulement. Il affectionnait le noir et blanc. Ceux qui ont, comme moi, lu des périodiques dans les années 80, se souviennent qu’à l’époque de nombreuses publications étaient en noir et blanc. Dans beaucoup de domaines d’ailleurs. Vous vous rappelez quand Mickey Parade était colorisé une page sur deux ? C’était curieux, quand même, mais j’aimais bien.
Fred l’a peut-être découvert dans la revue « Pilote », ou alors lorsque Victor a participé à la revue « A suivre », qui fit partie d’un large mouvement, dans les années 70 et 80, qui cherchait à montrer que la BD n’était pas une littérature de cour de récré. On y a vu passer des romans graphiques devenus cultes, je vous laisse chercher si vous voulez. Parmi la masse de merveilles et/ou d’œuvres disparues, il y en a une qui parle forcément aux lecteurs de Thorgal, c’est « Le grand pouvoir du Chninkel ».
Revenons à De la Fuente. Je ne peux pas trop vous parler de son oeuvre, puisque je ne la connais pas, mais je vous invite à lire cet article sur BD-Zoom qui me semble plutôt bien présenter son parcours.
J’ai aussi découvert qu’il avait illustré des livres de Philippe Ébly, un des auteurs SF préférés de mon enfance ! « Les conquérants de l’impossible », « Les évadés du temps »… Introuvables aujourd’hui, je pense, et pourtant j’adorais.
Bon j’arrête de causer, je montre.



Très beau !
…
Mathieu Lauffray, nous avons pas mal parlé de lui lorsque Xavier Dorison a, malheureusement trop peu longtemps, travaillé sur Thorgal. Lauffray et Dorison ont réalisé ensemble la fabuleuse saga Long John Silver, dont le dessin particulier délivre une atmosphère qui donne à ces albums une vitalité incroyable.
L’encrage y est effectivement sidérant.
C’est un dessinateur d’aujourd’hui, je vous laisse chercher et admirer son oeuvre. Une anecdote ? Il a travaillé sur plusieurs longs métrages pour le cinéma, et notamment pour « Le pacte des loups ». Dans le film, ce sont apparemment ses mains qui sont filmées quand le héros (incarné par Samuel Le Bihan) dessine en direct !


…
Je ne connais pas Benoît Springer qui est, tout comme Lauffray, de la même génération que Fred (des « demi-vieux »
). Il a pourtant, d’après la Bédéthèque, une carte de visite bien remplie. N’hésitez pas à parler de lui si vous le connaissez !
De mon côté, le mieux est sûrement que je vous propose quelques images.


De la Fuente a dessiné
Un style de dessin que j’aime beaucoup, en fait très proche de ce qu’a fait Rosinski…
Ça me rappelle beaucoup les illustrations qu’on pouvait trouver dans les livres dont vous êtes le héros ou les jeux de rôles. Tout était en noir et blanc, alors l’encrage devait tout faire, les contours, les ombres et lumières, les ambiances. La nuit, le jour, les textures.
J’adore aussi la justesse dans cette représentation « bédéesque » du corps humain, des drapés, des aspérités de la pierre…
Tjahzi a écrit
en fait très proche de ce qu’a fait Rosinski…
C’est vrai, je pense notamment aux jointures des pierres, blanches sur fond noir, noires sur fond blanc. Ou au travail minutieux des marches d’escalier.
Thorgal-BD a écrit
La magicienne trahie Presque le paradis… Tintin – Mars 1977 Tintin – Janvier 1979 Album
– Février 1980 L’île des mers gelées Tintin – Avril 1978 Album – Octobre 1980
SVP, L’île des mers gelées n’est il pas un album qui a été mis en vente au même moment que La Magicienne trahie ? ( les 2 titres sont marqués comme existant au 4ème plats des 2 albums ? ) De ce fait le mois d’édition du 2ème Thorgal devrait être identique au 1er. Et…. j’ai moi-même acheté les 2 albums au début de l’année 1980….( et pas en octobre pour le 2ème )
Excellente question ! Qui m’a obligé à faire quelques recherches, il y a 15 ans.
Les dates de février et octobre sont les dates « officielles » qui m’avaient été indiquées par Le Lombard, mais effectivement d’autres sources annonçaient une sortie simultanée des deux albums. En fait il n’y a plus vraiment de traces des mois de parution des albums, les documents sont sur papier et enterrés dans des archives comme celles de Gaston. Ou non conservés.
Je ne me souviens plus si j’en ai discuté avec Rosinski, qui est peut-être le dernier à savoir ce genre de choses…
Ce qui est sûr, c’est que les deux tomes sont indiqués au dos des deux albums. Mais que ce n’est pas une preuve suffisante. Par contre, si tu te souviens les avoir achetés début 1980 (quelle mémoire !), alors c’est sûrement toi qui a raison !
Excellente question ! Qui m’a obligé à faire quelques recherches, il y a 15 ans.
Les dates de février et octobre sont les dates « officielles » qui m’avaient été indiquées par Le Lombard, mais effectivement d’autres sources annonçaient une sortie simultanée des deux albums. En fait il n’y a plus vraiment de traces des mois de parution des albums, les documents sont sur papier et enterrés dans des archives comme celles de Gaston. Ou non conservés.
Je ne me souviens plus si j’en ai discuté avec Rosinski, qui est peut-être le dernier à savoir ce genre de choses…
Ce qui est sûr, c’est que les deux tomes sont indiqués au dos des deux albums. Mais que ce n’est pas une preuve suffisante. Par contre, si tu te souviens les avoir achetés début 1980 (quelle mémoire !), alors c’est sûrement toi qui a raison !
Je voudrais pas faire mon pressé mais c’est pour quand la suite de l’entretien ? Trois questions tout les 10 jours ça fait un peu long quand même…
Oups ! Je ne suis pas passé du week-end. Voilà la suite.

Rosinski a donc fait partie d’un panel de dessinateurs classiques intéressants à observer, à étudier.
Oui, c’est ça. Je ne suis pas un grand lecteur de bande dessinée, je suis plutôt quelqu’un qui aime le dessin, le style BD, la narration en bande dessinée. Un dessin précis, concis, qui fait passer une idée avec une seule image. C’est cela qui m’intéresse.
Alors je n’ai pas forcément lu beaucoup de bande dessinée, mais j’en ai beaucoup regardé.
Vous dessiniez dans votre jeunesse ?
J’ai toujours dessiné, depuis l’enfance. Mais j’ai eu le malheur, ou le bonheur, d’avoir de bons résultats dans d’autres domaines que le dessin, dans les matières générales, notamment les mathématiques et les sciences. Alors je me suis tourné vers des études scientifiques.
Je dessinais, je caricaturais mes profs… J’ai pris des cours de dessin très tôt, mais j’ai aussi arrêté très vite, parce que je voulais faire de la bande dessinée. Quand on va dans les cours de beaux-arts, il faut prendre une toile, réaliser une nature morte, etc. Mais ce qui m’intéressait, c’était de raconter des histoires avec mes dessins.
Ce n’est qu’après être devenu autonome financièrement que je me suis replongé dans le dessin, une passion qui me poursuivait depuis toujours. J’ai pris des cours sur Paris, dans une école de graphisme, en cours du soir. C’était à l’école Jean Trubert, du côté des buttes Chaumont. Elle propose un véritable cursus en bande dessinée, illustration et design.
Vous aviez réalisé des bandes dessinées de jeunesse, avant cette démarche-là, ou c’était finalement quelque chose d’assez lointain dans votre parcours ?
Non, j’ai seulement réalisé des histoires courtes de quelques planches, pour le plaisir. Par contre, je suis arrivé à Paris dans l’école Jean Trubert avec Éric Pailharey, un copain rencontré quand je faisais du jeu de rôles grandeur nature. Nous avons développé ensemble une histoire, pendant que je faisais mes études. Ça a été mon projet de fin d’année, et nous l’avons proposé par la suite à des éditeurs.
Ce projet s’appelait « L’ombre des anciens » et nous l’avons signé chez Pointe Noire. C’est le premier projet que j’ai signé chez un éditeur, en 2001-2002.
…
Alors, pour l’école Jean Trubert, je vous laisse suivre le lien si vous êtes intéressés.
On reparlera de « L’ombre des anciens » dans le prochain extrait d’entretien, mais en voici déjà la couverture et une planche.


On voit que Fred a radicalement changé son approche du dessin.
Quant au jeu de rôles grandeur nature… Comment imaginez-vous notre dessinateur ? Plutôt ambiance Sherlock Holmes, ou guerrier sauvage ?


(Pour ceux qui ne seraient pas attentifs, je vous signale que ce sont des montages !)
Ahhh merci pour la suite !!!
Ouah c’est incroyable la différence des dessins entre maintenant et ce qu’il faisait avant. C’est tellement moins détaillé.
surprenant ce dessin aux origines de Vignaux… heureusement qu’il n’a pas dessiné thorgal et kriss dans ce style-là !
Premier projet BD, à l’aube de la trentaine. C’est devenu votre métier du jour au lendemain ?
A cette époque-là, j’étais dans l’administration. J’avais passé des concours, puis j’avais été muté sur Lille. Pour suivre ma formation au sein de l’école et réaliser le projet, je suis passé à temps partiel pendant deux ans.
Lorsque nous avons signé pour « L’ombre des anciens » chez Pointe Noire, j’ai poursuivi ce temps partiel pendant un an, pour pouvoir réaliser cette bande dessinée.
Vous pouvez nous dire quelques mots sur ce premier album ?
Malheureusement, l’éditeur Pointe Noire a mis la clé sous la porte à ce moment-là, peu après la fin de la réalisation de l’album. J’ai réintégré l’administration à temps plein, et pendant quelques années j’ai fait de la BD institutionnelle, de la BD de communication, pour des projets spatiaux. Mon compère Éric Pailharet travaillait pour l’Aérospatiale. Nous avons notamment travaillé sur des projets comme Cassini-Huygens, Galileo ou le LHC au CERN. C’était vers 2003, 2004.
En parallèle, nous avons présenté des projets qui n’ont pas été signés. Un jour, je me suis rendu à un festival BD et j’ai rencontré le scénariste Jean-Christophe Derrien. Nous avons préparé ensemble un projet qui s’appelle « Time twins ». Nous l’avons présenté chez Le Lombard.
Nous allons parler de « Time twins », mais cet album chez Pointe Noire, qu’est-il devenu ?
L’éditeur ayant mis la clé sous le paillasson, l’album n’a pratiquement pas été diffusé en librairie.
Il a donc existé, malgré tout.
Oui, et comme l’éditeur m’aimait bien et n’avait pas pu beaucoup me payer, vu ses difficultés, il m’a autorisé à prendre une partie du stock. J’ai rempli mon Punto, et pendant un an je me suis rendu dans les festivals avec mon stock d’albums à dédicacer !
…
Eh oui, pas de suite pour « L’ombre des anciens »… Il y avait pourtant espoir et motivation, puisque la 4ème de couverture annonçait déjà la suite.

Si vous voyez passer un Punto rempli de BD, vous saurez de qui il s’agit.
Quelques mots sur les albums scientifiques. Cassini-Huygens, vous n’avez pas pu passer à côté (enfin, je l’espère) parce que c’est une mission d’exploration spatiale dont on parle depuis… les années 80 ! Elle aura duré 20 ans, avec pour objectifs principaux de nous permettre de mieux connaître Saturne, les anneaux de la planète et une partie de ses nombreuses lunes.
Vous trouverez sans peine sur Internet des tas de clichés magnifiques pris au cours du voyage, notamment parce que le vaisseau est passé suffisamment près de Jupiter pour faire le paparazzi des étoiles. La sonde Huygens s’est même posée sur Titan, le plus gros satellite de Saturne (plus gros que la planète Mercure, pour donner une idée). J’imagine les mecs qui ont glissé un cheveu à bord pour avoir un p’tit bout d’eux là-bas. Le vaisseau Cassini a brûlé dans l’atmosphère de Saturne il y a 2 ans, quand ses réserves d’énergie n’ont plus permis de poursuivre la mission.
Par contre les conclusions scientifiques semblent estimer que les anneaux de Saturne sont provisoires et devraient s’estomper dans les millions d’années à venir… Comme on ne sera pas là pour le voir, je préfère imaginer qu’ils seront toujours là, ce serait dommage de priver le système solaire de pareilles merveilles.
Galileo, eh bien, je ne sais pas ! Je n’ai pas demandé à Fred. Soit c’est le fameux programme de GPS européen que vous utilisez peut-être (mais j’imagine mal une BD parlant du sujet il y a 15 ans alors qu’on commence à peine à voir les premiers systèmes utilisant Galileo) soit il s’agit de la sonde Galileo, une ancienne star de l’exploration spatiale, qui a observé Jupiter autour des années 2000. Je parie pour la sonde !
Le LHC, je ne connaissais pas l’acronyme, en fait c’est tout simplement le Grand Collisionneur de Hadrons de Genève (donc moi je dis plutôt GCH sur ce coup-là). L’accélérateur de particules, vous savez, un des plus gros et ambitieux projets scientifiques de ce début de siècle. Je me souviens les craintes de création d’un trou noir, quand il a été mis en service. Je me souviens aussi, pour ma part, d’une grosse déception quand il a multiplié les avaries les premiers mois… Genre gros pschit, le hype qui retombe aussi sec. Depuis, il tourne, là-bas sous la montagne… Bon, le hype est vachement retombé en fait.
Si vous regardez Big bang theory, vous en entendez parler au moins 2 fois par saison.



Thorgal-BD a écrit
Si vous voyez passer un Punto rempli de BD, vous saurez de qui il s’agit.
Tu crois qu’il reste du stock au fond du coffre ?
J’espère surtout que Fred aura plus de chance avec « L’ermite de Skellingar » parce que s’il doit caser 150 000 albums dans son Punto, il va avoir besoin du sac de Sport Billy (vous connaissez Sport Billy ?).
On continue ?
Vous démarrez ensuite une nouvelle aventure avec la réalisation de « Time twins ».
Oui, un nouveau projet que nous avons signé en 2004, pour une parution entre 2005 et 2007.
Toujours à mi-temps ?
Eh bien, nous avons signé pour ce projet au Lombard. Je ne sais pas si c’est toujours le cas pour les nouvelles séries aujourd’hui, mais à l’époque l’une des particularités est que nous avions signé pour trois tomes, avec une possibilité de continuer si tout se passait bien.
Je me suis dit que j’avais 3 ans de boulot pour réaliser ce projet, alors j’ai préféré prendre une disponibilité en 2005. J’ai donc pu faire de la bande dessinée à temps plein pendant 3 ans. A la fin de cette période, nous avons demandé à l’éditeur si nous allions continuer mais il nous a dit qu’il faudrait arrêter là, à la fin de ce tome 3.
Il me restait une dizaine de pages à réaliser, je savais qu’il ne me restait plus que quelques mois de travail. Je me suis demandé ce que j’allais faire, réintégrer l’administration ou pas ? J’ai alors rencontré au Salon du livre Patrick Hourcade, qui était à l’époque éditeur chez Glénat. Il m’a dit qu’il montait un nouveau label, « Drugstore », et que je pouvais lui présenter des projets. Avec mon ancien compère de « L’ombre des anciens », Éric Pailharey, nous avons préparé un projet qui s’appelait « L’appel des légendes », et nous l’avons signé chez Drugstore. Je n’ai pas eu de temps mort entre les deux projets, j’ai donc pu continuer.
La disponibilité a fini par devenir définitive ?
La disponibilité continuait, continuait… Nous avons sorti deux tomes de « L’appel des légendes ». Nous n’avons pas réussi à faire les ventes nécessaires pour pouvoir poursuivre, mais Patrick Hourcade m’a permis de rencontrer Didier Convard. Scénariste émérite, connu et méritant, du « Triangle secret », de « Neige » et de beaucoup d’autres choses.
« Neige » était aussi une série que j’avais lue dans le journal Tintin.
Moi aussi. Une série formidable.
Oui, une histoire extraordinaire. Didier m’a proposé « Le pendule de Foucault » chez Glénat, en partenariat avec le Musée des arts et métiers. J’ai réalisé un tome avec Didier Convard et Éric Adam, puis nous avons réalisé une nouvelle histoire, « Vercingétorix », pour laquelle on m’a demandé de faire un dessin plus réaliste. C’est là que j’ai commencé à faire des recherches graphiques un peu plus poussées et que j’ai essayé d’infléchir mon style pour aller vers quelque chose de plus réaliste.
…
Petite pause pour vous présenter les trois projets successifs dont vient de parler Fred.




« L’appel des légendes » : Cathya Mac Findly, spécialiste des contes et légendes, vient d’obtenir un travail plutôt original : diriger la section Phoenix, une équipe de quatre enquêteurs qui travaille au sein du Groupe d’Intervention Cryptozoologique, inconnu du grand public et spécialisé dans les événements surnaturels…Car les créatures du bestiaire des mythologies du monde entier existent bel et bien, mais sont invisibles au commun des mortels. Seuls les descendants des anciens mages, des humains dotés d’un talent spécial que l’on nomme les « oreilles d’or », permettent de les rendre visibles aux yeux des hommes. Le travail du G.I.C. consiste à éviter que la panique ne se répande lorsque les êtres de légendes sont découverts par les humains, et ce grâce à leurs talents spéciaux et à des armes bien chargées. Ils récupèrent également les objets magiques et féériques pour les mettre en sécurité. C’est d’ailleurs le but de leur première mission : récupérer Excalibur, l’épée légendaire, en Écosse !Découvrez un savoureux mélange de Men In Black, Hellboy et Merlin l’Enchanteur, une série d’aventures surnaturelles hyper vitaminées et sexy, qui mélange magie, monstres, action et humour dans un cocktail explosif !
Contrairement à « L’ombre des anciens », vous n’aurez pas de mal à trouver ces albums si vous les cherchez.


« Le pendule de Foucault » : Dans un monde post-apocalytique, la redécouverte de la science… La jeune et impétueuse Kunnskap enrage : comme tous les autres habitants de la Plateterre, elle est obligée de se soumettre à la doctrine de la Voie, la religion en place. Dotée d’une intelligence supérieure, elle brûle de s’affranchir de cette domination oppressante et de permettre enfin à tous d’accéder aux connaissances scientifiques. Elle appartient à une communauté secrète de rebelles hérétiques qui recueille le précieux témoignage d’un voyageur… Celui-ci affirme qu’il existe une population ayant choisi de ne pas suivre la Voie, et dont les membres se nomment les Foucault. Ces derniers détiendraient de quoi faire tomber le clergé : la preuve irréfutable que la terre tourne… Sur une planète Terre où l’humanité repart à zéro, cette bande dessinée nous emmène à un moment clé où l’audace d’une poignée d’hommes permettra à ses pairs de s’affranchir de l’obscurantisme.
« Vercingétorix » : À l’âge de cinq ans, Vercingétorix vit son père condamné au bucher par les siens pour avoir osé se prétendre roi des peuples gaulois. Nourri de la même ambition, le jeune Arverne apprend la discipline militaire en réalisant ses classes auprès de la puissante armée romaine. De retour en Gaule, il déploie son talent militaire et son éloquence pour unir les tribus gauloises et repousser l’envahisseur romain. Fier, courageux, discipliné et ingénieux, Vercingétorix est pour les célèbres légions l’un de ses plus terribles adversaires. Mais, sans cesse, il est confronté à un stratège plus redoutable encore : Jules César… Découvrez les campagnes de ce premier héros mythique de l’Histoire de France dont la Guerre des Gaules, récit de propagande à la gloire de César, est la seule source écrite existante.
Le camarade Tjahzi avait déniché un court entretien avec Glénat, 3 questions sur cet album, que je vous reproduis ici.
Que vous inspirait le personnage de Vercingétorix avant de débuter cet album ?
Frédéric Vignaux : Un personnage moustachu avec un casque ailé : une imagerie très « BD », forgée par des années de lectures de revues plus ou moins bien documentées. Un roi à la tête d’un peuple de « barbares » celtes chevelus, qui résistait à l’oppresseur romain en cherchant à unir la Gaule. On est effectivement loin des théories historiques actuelles !
Il existe très peu de témoignages sur la vie du chef gaulois, si ce n’est la Guerre des Gaulesde Jules César, et encore moins de matériel iconographique sur lequel s’appuyer. Comment avez-vous procédé pour retranscrire fidèlement une époque aussi lointaine malgré le manque de sources ?
F. V. : Le manque de sources sur le sujet est flagrant… mais c’est aussi un avantage ! Cela laisse un peu de latitude pour la création. Les principales sources de documentation sont La Guerre des Gaules, les reportages de vulgarisation, les fouilles archéologiques et surtout les troupes de reconstitutions historiques qui postent pléthores de photos sur leurs sites internet. Il existe aussi quelques revues et BD récentes qui abordent le sujet. Il faut savoir qu’en dehors de La Guerre des Gaules de César et de quelques bas-reliefs sculptés, beaucoup de choses restent de l’interprétation ! Ainsi, pour la décoration des boucliers, c’est plutôt la culture celte qui est prise pour modèle. On part aussi du principe que les civilisations gauloises et romaines n’étaient pas si éloignées que cela… ce qui permet de combler les manques.
Vous avez également travaillé sur d’autres projets de type « fantastique ». Adaptez-vous votre style de dessin selon le type d’histoire qui est racontée et son degré de véracité ?
F. V. : J’essaie dans la mesure du possible d’adapter mon style au sujet de la BD. Avec l’expérience, mon dessin tend vers plus de réalisme tout en gardant ce côté dynamique qui m’est cher… ce projet tombait donc à point nommé !


Pour finir ce petit tour, j’imagine que certains d’entre vous se demandent encore qui est Sport Billy…
Bonjour,
Le pendule de Foucault, c’est une histoire en plusieurs tomes ?
Salut Chris, l’album semble avoir dû s’inscrire au départ dans une série ou une collection (les chroniques de Plateterre) mais je ne crois pas que d’autres albums ont été réalisés.
Je t’invite à jeter un œil à la vidéo juste au-dessus (Convard-Vignaux) les auteurs y développent la présentation du concept.
Si on regarde « Time twins », effectivement, le dessin propose une approche très différente.
Le dessin y est beaucoup plus caricatural.
Ce changement de style radical vers un dessin réaliste est plutôt un choix personnel, ou un choix collégial, entre vous et vos partenaires ?
Cela s’est fait assez naturellement, peut-être avec mes partenaires du moment… Au départ, j’étais marqué par mon époque Soleil, le dessin semi-réaliste correspondait à mes lectures de jeunesse. Mais petit à petit, je me suis tourné vers des dessins à l’encrage fort et au rendu plus réaliste.
Je pense qu’on dessine ce qu’on aime, ce qu’on lit. C’est peut-être aussi une question de confiance. Le réalisme, il faut le tenir sur tout un album. Mais le style « gros nez », même s’il y a une économie de traits, n’est pas moins difficile. Je suis incapable de dessiner Tintin, il y a tellement peu de traits qu’il suffit que le crayon bouge à peine pour que ce ne soit plus Tintin.
Le style réaliste demande d’avoir des notions d’anatomie, de perspective, beaucoup de choses très poussées. Je ne dis pas que ce style est plus facile ou plus difficile, mais mes connaissances n’étaient pas assez poussées lorsque j’ai commencé la bande dessinée, pour pouvoir faire du réaliste. J’ai souhaité évoluer petit à petit vers cela.
« Vercingétorix » marque un tournant dans votre carrière.
Quand on a fait « Vercingétorix », je crois qu’une scène a particulièrement plu à Éric Adam et Didier Convard. C’était une scène avec une paysage enneigé. Ils ont flashé sur cette scène-là, notamment quand je suis passé à la couleur. Ils sont venus me voir et m’ont dit que Didier Poli arrêtait « Neige Fondation », et qu’ils s’apprêtaient à créer une nouvelle série, « Neige origines ». Je leur ai dit oui tout de suite !
…
Je vous remets une planche de « Time twins » pour comparaison avec le trait actuel réalisé par Fred.

Je vous propose également un lien vers un entretien sur Planète BD avec Fred Vignaux et Jean-Christophe Derrien. L’entretien donne envie de découvrir cette série Time twins !
Mais il est aussi et surtout intéressant de s’arrêter quelques instants sur cette fameuse planche enneigée, qui semble avoir à elle seule ou presque changé l’avenir de Fred, de Thorgal, de la BD.
J’ai lutté contre vents et marées, et réussi à la retrouver au fond d’une malle conservée dans les archives secrètes de Glénat (ou alors j’ai demandé à Fred, à vous de choisir).


Il est intéressant d’imaginer la scène sans ses couleurs. Peu de traits, ciel blanc et sol blanc, et pourtant la mise en couleurs donne une belle profondeur à l’image.
Thorgal-BD a écrit
J’ai lutté contre vents et marées, et réussi à la retrouver au fond d’une malle conservée dans les archives secrètes de Glénat (ou alors j’ai demandé à Fred, à vous de choisir).
Ça m’étonnerait fort qu’au fond de cette malle, on retrouve sous l’album Vercingétorix la couverture du tome 37 de Thorgal !
Ils sont fourbes chez Glénat ! Ils ont les couvertures de Thorgal un an à l’avance pour faire de la contrefaçon chinoise made in France.
Le monde de la BD est impitoyable, d’après la rumeur.
…

Vous évoquez la mise en couleurs de vos albums. Pouvez-vous nous parler de cette étape de création très particulière ?
Quand je me repenche sur les premiers dessins que j’ai réalisés, je me rends compte que je les ai toujours pensés en couleurs, avant même de faire le trait. Mais tant que ma maîtrise ne m’a pas semblé suffisante, j’en suis resté au trait.
Après avoir suivi les cours de l’école Trubert, j’ai compris que l’outil informatique pouvait permettre de réaliser des choses formidables. Je me suis lancé dans le numérique, et les logiciels que j’ai découverts m’ont aidé à trouver les bonnes méthodes, à réaliser de belles ambiances. J’ai notamment apprécié Photoshop, un outil très intuitif. Il permet l’erreur, et surtout il propose une gamme de couleurs très étendue, facilement accessible.
Je n’ai pas réalisé les couleurs de « Time Twins » parce que j’avais l’impression de ne pas maîtriser le côté girly, cartoon, de ces albums. Par contre, pour « L’appel des légendes », j’ai tout de suite souhaité réaliser la mise en couleurs de mes dessins.
L’outil informatique s’est imposé rapidement dans votre travail, aussi bien pour le dessin que pour la mise en couleurs ? Il y a eu un moment « charnière » dans votre parcours ?
L’outil s’est rapidement imposé pour les couleurs, mais pas pour les crayonnés ou l’encrage. C’est venu bien plus tard dans mon parcours. Avant le deuxième tome de « Neige origines », je réalisais l’encrage et les esquisses préalables avec des techniques traditionnelles. Mais à partir de cet album, je n’ai plus travaillé qu’avec l’outil informatique.
Pour quelles raisons ?
Je crois que tout est venu du matériel. Avant « Neige », je travaillais avec une tablette graphique et un écran pour les mises en couleurs. Mais pour cet album, j’ai choisi d’utiliser une Cintiq, un outil qui est à la fois une tablette graphique et un écran. On trace directement sur l’écran, sans la décorrélation du geste entre la tablette et l’écran. Avec cet outil, si on veut par exemple tracer un cercle, on peut le faire, alors qu’avec une tablette classique il est beaucoup plus difficile de réaliser un geste parfait.
Pour la mise en couleurs, j’ai dû m’adapter à ce nouvel outil. Ma main cachait en partie mon travail, alors qu’avec le duo tablette-écran que j’utilisais auparavant, seul un curseur apparaissait sur l’image. Mais pour moi, cela permet en fait de retrouver un geste naturel, celui du dessinateur dont la main est posée sur sa planche. Et le geste est beaucoup plus précis.
Dans le tome 2 de « Neige origines », les premières planches sont réalisées avec un encrage traditionnel. Je passe totalement au numérique à partir de la page 5 ou 6.
On ira vérifier !
Normalement, on ne voit pas la différence, ou à peine ! Et j’ai poursuivi mes travaux avec l’outil informatique, y compris pour les couvertures.
…
Alors là, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais pour ma part j’ai eu tout de suite très envie d’aller voir ce qu’est une Cintiq.
Tout d’abord, voici l’espace de travail traditionnel du dessinateur de BD travaillant en numérique avec une tablette graphique et un écran. C’est une vieille photo d’un ami à moi qui s’appelle Roman S.

Bien sûr, comme je vous sais coquinous, j’imagine que vous avez tout de suite pensé à réaliser un montage photo didactique. Vous êtes impayables.

Étant, comme je le disais, très curieux, je suis allé sur le site de Wacom pour voir à quoi ressemble une Cintiq. Le site m’a agressé à grands coups de popup, mais j’ai fini par réussir à y accéder. J’y ai notamment trouvé cette vidéo de présentation, malheureusement entièrement numérique. Ça donne quand même une idée, mais le procédé de présentation est curieux. Un bras virtuel fait un dessin virtuel sur une tablette virtuelle.
Mais ne vous inquiétez pas, la tablette existe vraiment, et coûte un bras.
Le meilleur pour présenter l’outil, c’est bien sûr Fred.


Bien ! Maintenant, je vous invite à aller vérifier dans « Neige origines » si vous voyez une différence à partir de la page 5.
Thorgal-BD a écrit
Bien sûr, comme je vous sais coquinous, j’imagine que vous avez tout de suite pensé à réaliser un montage photo didactique. Vous êtes impayables.
Rhooo… après les fausses planches du tome 37, voici le faux atelier de son dessinateur. Mais où va-t-on ?
Mais que s’est-il passé ?
Un trou fabuleux de trois mois dans la diffusion de ce fantastique entretien !
Ce procédé de diffusion unique, propre au site Thorgal.com et à son webmestre, est en fait d’une efficacité redoutable. La longue attente vous a tous placés dans une sorte de fébrilité cotonneuse, un peu comme en état de stase diffuse prénatale, juste avant le grand saut, le big bang de la création de vous-mêmes.
Bref, vous l’aurez compris, grâce à moi vous voici pleinement prêts à suivre la suite dans les meilleures conditions. Je vous envie, vous avez trop de la chance.
Bisou. Et, heu, où en étions-nous ?
…
On en vient d’ailleurs à ces fameuses couvertures de « La sagesse des mythes », qui ont tant plu à Xavier Dorison quand il cherchait un nouveau dessinateur pour Kriss de Valnor.
Lorsque j’ai travaillé sur « Neige origines », la première et la seconde couverture ont beaucoup plu à l’éditeur. On m’a proposé de réaliser les couvertures d’une série naissante, « La sagesse des mythes », chez Glénat.
« La sagesse des mythes » est une collection, avec des parutions régulières.
Oui, c’est une collection qui a énormément de succès, et on m’a proposé d’en réaliser toutes les couvertures. Il y a un scénariste commun à tous les albums, il y a un directeur artistique, mais chaque album est réalisé par un dessinateur différent. On a cherché à unifier visuellement la collection, notamment pour pouvoir l’exposer dans les rayons des librairies. C’est pour cela que je réalise toutes les couvertures.
La collection s’étoffe rapidement, une vingtaine de tomes sont disponibles.
Je crois que la première année, il y a eu huit tomes. Deux par trimestre. Aujourd’hui on en est à 18, et de nouveaux albums doivent paraître bientôt.
Ces couvertures sont vraiment très belles.
Merci ! Elles m’ont permis de bien progresser.
Que représente ce travail pour vous ? Le plaisir de peindre, une pause entre deux encrages de planches ?
C’est tout à la fois. Comme je ne mets pas en couleurs les albums de Kriss ou de Thorgal, je prends beaucoup de plaisir à travailler sur ces couvertures. J’ai une grande sensibilité à la couleur. Quand je réalise mes dessins en noir et blanc, et leur éclairage, j’ai en tête la couleur à venir. Je pense aux modelés, aux masses de noir. Le coloriste doit pouvoir retrouver les sources de lumière en fonction des informations que je donne. Quand je dessine, je sais où se trouve mon éclairage, je sais quelles seront les ambiances, où sont les rehauts, etc. Je pense ma planche en couleurs.
…
Il est plus que temps de les montrer, toutes ces couvertures dont on vous parle depuis des mois le début de cet entretien !
Grosse pub pour Glénat dans un site du Lombard, mais bon là les enfants, attention, c’est quelque chose, vous allez voir. Plus de bla bla, c’est de l’art, alors vous avez droit au grand format et à la contemplation.








Thorgal-BD a écrit
Ce procédé de diffusion unique, propre au site Thorgal.com et à son webmestre, est en fait d’une efficacité redoutable.
Ah, enfin la suite
Pour la redoutable efficacité du procédé de diffusion, j’ai des doutes…
J’adore les couvertures de la série « Neige origines ».
ça ne doit pas être simple de penser les planches en couleur, puis de transmettre ses idées au coloriste, par exemple pour les sources de lumière…
Nils a écrit
ça ne doit pas être simple de penser les planches en couleur, puis de transmettre ses idées au coloriste, par exemple pour les sources de lumière…
Alors là, la perche est parfaite pour aborder la suite de l’entretien.
Je me suis posé la même question, au même moment.
…

Vous avez travaillé avec Gaétan Georges, pour le nouvel album de Thorgal qui vient de paraître (le tome 36, « L’ermite de Skellingar ») ainsi que pour les deux derniers tomes de Kriss de Valnor. Comment se passe votre collaboration ?
Pour chaque album, je prépare pour Gaétan un document regroupant toutes mes idées pour la mise en couleurs, tout ce à quoi j’ai pu penser pendant la réalisation des planches. J’ajoute de la documentation pour certaines scènes, des images que je glane sur Internet, des dessins d’ambiance.
De temps en temps, je joins une planche en niveaux de gris, des « niveaux », c’est-à-dire que je traduis en valeurs de gris l’éclairage de la planche. Gaétan reçoit également le scénario, pour savoir s’il fait jour ou nuit, quelle est l’ambiance… Le scénario lui permet aussi de lire les textes, parce que je lui envoie des planches muettes, avec des bulles vides.
Ce document me permet d’expliquer mes intentions, de donner mon avis sur la mise en couleurs, de proposer des pistes.
Mais Gaétan est totalement libre d’interpréter mes propositions comme il le veut. Et ce qu’il fait est juste, et bon, à chaque fois. Après avoir mis les planches en couleurs, il revient vers moi pour me présenter ses travaux, et plutôt que de noter et lui envoyer les petites choses que j’aimerais modifier ici ou là, je prends ma tablette graphique et je retouche ce qui me semble devoir être modifié. Ensuite je lui soumets ces modifications, pour savoir si elles lui conviennent, ou s’il pense pouvoir mieux traduire mon intention.
Je pense que le document que je prépare est important, pour que Gaétan sache ce que j’avais en tête et pour qu’il appréhende au mieux ma façon de placer les noirs, les blancs, les volumes et toutes les informations que j’ai laissées dans la planche.
J’ai prévu de rencontrer Gaétan prochainement, on aura l’occasion de discuter de tout cela.
C’est quelqu’un de zen. J’adore ses couleurs, il est extrêmement sérieux.
On reparle de « Neige origines » ? Combien de tomes allez-vous réaliser ?
Trois tomes sont prévus, au total.
Et après, vous pensez continuer ?
Non, « Neige origines » est une trilogie. Elle se termine avec un cliffhanger, dans le troisième tome, mais c’est intentionnel. Il est placé là pour relancer la fin de la série principale. Christian Gine et Didier Convard vont s’en servir pour continuer et terminer leur série.
Mais alors, que reste-t-il, après tous ces projets terminés ?
Thorgal !
…
L’entretien avec Gaétan, dont je parle plus haut a été réalisé. Il est cool. Vous y aurez droit juste après la fin de celui-ci, donc logiquement cette année !
Voici une photo prise pendant l’entretien. Vous constaterez qu’il s’agit bien de Gaétan, avec tous ses cheveux, et non de Gontran, un célèbre mythomane qui prend parfois la place de Gaétan au cours des manifestations publiques (d’après la rumeur, en laquelle on peut toujours avoir confiance).

Voici également une illustration de la démarche décrite par Fred, une planche sur laquelle des niveaux de gris ont été placés pour définir l’ambiance du lieu. Prenez vos crayons de couleurs et faites donc une mise en couleurs à la Gaétan. Vous avez 10 minutes.

La scène à retenir, pour moi, est celle de la case centrale, que je vous invite à explorer. Les ombrages, déjà bien amorcés au moment du travail d’encrage, sont indispensables pour une bonne compréhension de la scène, notamment parce que la brume a effacé une bonne partie du paysage.
A moins que ce ne soit un oubli de Fred ? Si vous le voyez en dédicaces, n’hésitez pas à lui tendre l’album pour lui demander de finir la montagne.
Le rôle du chas de l’aiguille est aussi très intéressant dans cette planche, mais ça, on en reparlera une autre fois.
Très intéressant tout cela !
C’est la première fois que je lis un article abordant la collaboration entre Fred et Gaétan.
Pauvre Gaétan, qui a failli perdre sa légendaire chevelure sous les trait de Gontran.
C’était ICI, sur un site vraiment pas sérieux !
Tjahzi a écrit
Thorgal-BD a écrit
Ce procédé de diffusion unique, propre au site Thorgal.com et à son webmestre, est en fait d’une efficacité redoutable.Ah, enfin la suite
Pour la redoutable efficacité du procédé de diffusion, j’ai des doutes…
![]()
Alors, comme je suis prof et que je vous aime aussi je vais vous dire comment cela s’appelle : créer un horizon d’attente.
Voilà c’est comme ça qu’on appelle le fait de faire lambiner son prochain et l’invitant à se faire tout un tas d’images mentales de la suite à venir.
Et tout comme dans le cas présent ça marche bien quand le sujet passionne les foules. Parce que oui cette interview est bel et bien passionnante.
Les couvertures de Neige Origines et des Mythologies sont sublimes, je les adore, mais je l’ai déjà dit. Je le dirai surement encore d’ailleurs. J’ai acheté le coffret de l’Iliade juste pour les couvertures en fait.
Officiellement notre nouveau dessinateur Thorgal est notre nouveau doudou. On l’aime, on ne peut plus se passer de lui.
Hé hé, Hirondl a tout compris ! C’est parfait.
…
Mais alors, que reste-t-il, après tous ces projets terminés ?
Thorgal !
Thorgal ! Et les couvertures de la sagesse des mythes. Parlons de Thorgal et de ses Mondes. On peut remonter à 2017.
Eh oui, avec en 2017 le tome 7 de Kriss de Valnor, « La montagne du temps ». Et le tome 8 « Le maître de justice » en 2018.
Oui, les tomes 7 et 8, parce que la série a connu plusieurs dessinateurs, Giulio de Vita, Roman Surzhenko et vous. Il y a eu plusieurs coloristes également, et plusieurs scénaristes. Xavier Dorison et Mathieu Mariolle ont repris conjointement la série.
Mathieu et Xavier ont scénarisé la série à partir du tome précédent, le tome 6, dessiné par Roman. Ils ont poursuivi l’aventure avec moi. Ils m’ont présenté un scénario déjà ficelé, j’ai pu commencer directement à travailler dessus.
Avant cela, j’avais réalisé quelques croquis d’essai, parce que mes travaux auraient pu ne pas convenir, malgré la volonté de Xavier de me faire venir sur le projet. On retrouve ces recherches à la fin du tome 7, dans un cahier graphique. J’avais dessiné plusieurs croquis de personnages, et une planche.
Il y a bien une planche, dans le cahier graphique du tome 7, la planche 5 de l’album, accompagnée du story-board et de recherches.
En fait, pour planche d’essai, j’ai choisi de réaliser tout simplement la première planche de l’album, avec ce visuel du temple sous la pluie, que j’aimais beaucoup. Ils ont vu la planche, et ils m’ont dit que j’étais engagé. Je pense qu’elle a été montrée à Grzegorz et Piotr Rosinski, et qu’elle a correspondu à ce qu’ils recherchaient.
…
Oh, ces propos invitent encore à montrer plein de choses ! Tout d’abord, je vous invite à visiter l’Auteurothèque si vous êtes un peu perdus dans la riche saga des auteurs de Thorgal. En plus je viens de la mettre à jour avec les albums des mois passés et à venir. Quelle réactivité.
Voici maintenant les fameux croquis issus du premier album auquel Fred a participé, « La montagne du temps ».



Et bien évidemment, la fameuse planche test, devenue planche star.

Cette planche est magnifique, il faut que Vignaux continue dans cette veine pour le prochain album de Thorgal !
F. Vignaux a dit
En fait, pour planche d’essai, j’ai choisi de réaliser tout simplement la première planche de l’album, avec ce visuel du temple sous la pluie, que j’aimais beaucoup. Ils ont vu la planche, et ils m’ont dit que j’étais engagé. Je pense qu’elle a été montrée à Grzegorz et Piotr Rosinski, et qu’elle a correspondu à ce qu’ils recherchaient
Tu m’étonnes. Et j’ajoute ils ont même du dire » Waw p****** ta mère ça déchire grave. »
enfin moi c’est ce que j’aurais dit.
Tu es sûre que tes petits élèves ont entre 3 et 5 ans
:
Quand on observe votre dessin, d’un album à l’autre ou plutôt d’une série à l’autre, on voit un travail polymorphe, très différent à chaque fois. Comment avez-vous abordé le travail sur Kriss de Valnor, quelles ont été vos inspirations, vos choix, vos éventuelles difficultés ?
Comme vous l’avez dit, plusieurs dessinateurs se sont succédés pour cette série. Il y avait, pour moi, deux possibilités. Soit j’essayais de m’inscrire dans ce qui avait été fait, sois je créais quelque chose de nouveau. Dans le premier cas, la difficulté est qu’il y avait déjà eu trois dessinateurs, Giulio, Roman et Grzegorz. Pour Grzegorz, c’est même encore plus délicat parce que son dessin a beaucoup évolué. Quelle Kriss choisir, celle du début dans « Les archers », celle qu’on retrouve bien plus tard dans « Kriss de Valnor » ?
J’ai choisi une démarche mêlant les deux approches, avec un dessin que j’espère respectueux du travail de mes prédécesseurs, mais aussi très personnel. Je me suis efforcé de respecter l’esprit de la série et des personnages. Kriss de Valnor a un caractère fort, on doit pouvoir la reconnaître immédiatement, notamment grâce à ce scénario qui la met en valeur. Elle est très emblématique. J’ai essayé de créer ma propre Kriss de Valnor, en espérant que les gens retrouvent dans mon personnage l’aventurière qu’ils connaissent depuis si longtemps.
Je pense que mes prédécesseurs ont eu la même approche.
…
Petit plongeon dans l’histoire graphique mouvementée de Kriss de Valnor.
1985 – Grzegorz Rosinski

1986 – Grzegorz Rosinski

1993 – Grzegorz Rosinski

1996 – Grzegorz Rosinski

2004 – Grzegorz Rosinski

2010 – Giulio de Vita

2014 – Giulio de Vita

2015 – Roman Surzhenko

2017 – Fred Vignaux

2019 – Grzegorz Rosinski

Sympa le défilé des kriss. La dernière de Rosinski a un faux air de Salouma je trouve. Ma préférée est sans conteste la première, mais elle y est très jeune, elle devait évoluer. Il y en a une qui a un strabisme non ?
Tjahzi a écrit
Tu es sûre que tes petits élèves ont entre 3 et 5 ans
Oui !
Cela dit en me relisant je me disais que ma phrase donne une idée de l’état de délabrement mental dans lequel je suis à la fin de la période scolaire.
Avez-vous eu le même regard sur Thorgal, ou la série nécessitait-elle une autre approche ?
C’est assez différent, parce qu’il n’y a eu qu’un seul dessinateur de Thorgal. On peut bien sûr tenter de tout changer, mais avec le risque de désarçonner le lecteur. Je pense qu’il faut garder une certaine unité avec la série originelle.
Mais je crois que, si Grzegorz a souhaité que je réalise la série, c’est parce qu’il ne voulait pas que je me contente de copier l’une de ses époques, l’un des styles qu’on retrouve à un moment ou un autre de la série. Il fallait une continuité, mais pas seulement. Tout au long de sa carrière, son dessin a constamment évolué. Je ne crois pas qu’il voudrait qu’on revienne à un style qu’il a déjà expérimenté. Je l’ai compris ainsi, et j’ai essayé de réaliser un dessin qui soit dans le prolongement de ce défi d’évolution permanente, mais sans que la rupture soit trop forte.
Avec tout cela en tête, je me suis plus inspiré du dessin de la série Thorgal que je ne l’avais fait pour Kriss de Valnor.
On en est donc au 37ème tome d’une série qui a une longue histoire. Vous y découvrez un scénariste, Yann, un nouveau compagnon pour vous, mais pas pour les lecteurs des Mondes de Thorgal qui le connaissent depuis très longtemps avec les séries « Louve » et « La jeunesse de Thorgal ». Comment se passe votre collaboration ?
Je ne connaissais pas Yann, effectivement. Notre rencontre s’est très bien passée. Il a fait quelque chose d’étonnant, peut-être pour apprendre à me connaître. Il m’a proposé une histoire avec une ligne principale définie et, à certains moments de l’arc narratif, il m’a proposé des scènes alternatives.
C’était intéressant, parce qu’en fonction de sa sensibilité, on peut être plus attiré par la scène originelle dans le tronc principal, ou par la scène alternative assez différente. J’ai souvent choisi la scène alternative !
Yann a ensuite retouché le scénario en intégrant les scènes alternatives que j’aimais bien. Je pense que c’était une façon, pour lui, de voir comment je fonctionne, ce qui me plaît. C’est aussi une approche qui permet d’intéresser davantage le dessinateur, de se sentir tout de suite investi dans l’histoire qu’on lui propose.
Ce sera la même chose pour le prochain tome ?
Cette fois-ci, nous en avons discuté bien plus tôt, en amont, et il écrit le scénario en tenant compte de ce dont nous avons discuté. J’aime cela, j’ai l’impression qu’il a une réelle envie de prendre en compte les aspirations du dessinateur. C’est une véritable collaboration.
…
En illustration de cette collaboration évoquée par Fred, je vous propose la première page du scénario rédigé par Yann, suivie de la planche finale réalisée par Fred. Et puis allez, soyons fous, en couleurs et en noir et blanc ! Roh les bonus de feu sur Thorgal.com, ça doit bien vous émoustiller tout ça. Bande de chanceux.



Intéressante collaboration entre Vignaux et Yann. Je compte parmi les sceptiques concernant les scénarios de Yann, du coup j’adhère forcément à cette souplesse d’écriture, d’autant que Vignaux a certainement la critique utile et constructive. Pour moi cette coopération est une bonne nouvelle pour la suite. (Je me demande parfois comment Yann vit toutes les critiques à l’égard des scénarios précédents, alors qu’au contraire Vignaux est encensé de compliments sur son travail.)
Oui, cet étrange binôme a l’air de fonctionner, ne nous en plaignons pas.
Revoir cette planche qui inaugure l’album ne me procure pas que de la joie. Il était prévu que les lecteurs de la série mère ne seraient pas obligés de lire les séries parallèles pour comprendre le récit, mais là avec l’origine de la guenon dans la série « Louve », c’est raté. Cette histoire-là aurait dû être bouclée depuis longtemps !
Puisqu’il semble que le prochain tome sera beaucoup consacré à Louve, j’imagine que le cas du singe y sera peut-être réglé.
Un petit texte introductif « à la Dorison » pourrait éventuellement permettre de contextualiser.
Et pour répondre à Hirondl, je pense que Yann ne passe jamais par ici.
…
Vous avez retrouvé dans ce nouvel album Jolan et Kriss, des personnages que vous aviez déjà dessinés dans la série « Kriss de Valnor ». Louve, Aaricia, Thorgal et quelques autres viennent s’y ajouter. Il vous a fallu un peu de temps, des esquisses, des recherches ?
J’ai surtout dû travailler pour Louve ! Thorgal et Aaricia apparaissent un peu dans « Le maître de justice » alors j’avais déjà des idées pour les réaliser.
Il y a un peu de trac, au moment de reprendre le dessin de ces personnages. Il fallait être attentif à eux, et que j’essaie de les dessiner un peu plus à la façon de Rosinski. Dans Kriss de Valnor, c’était davantage une interprétation, d’autant que Thorgal et Aaricia apparaissent à chaque fois au cours de songes ou de moments ésotériques ou fantasmés, ce qui n’est plus le cas dans « L’ermite de Skellingar ».
Vous avez échangé avec Rosinski ?
Oui, je suis allé voir Grzegorz à deux reprises pour des séances de travail pendant la réalisation de l’album. La première fois, c’était en avril 2019. La moitié des planches étaient réalisées. J’avais préparé de belles impressions des planches. Il a pris un marqueur noir et du blanc, et il a modifié ce qu’il jugeait utile de modifier. J’ai retouché ensuite mon travail en tenant compte de ses conseils.
J’y suis retourné une seconde fois avec toutes les planches, pour qu’il voie la fin de l’album et ce que j’avais modifié après ma première visite. Il a fait à nouveau des modifications. Ce qui a été très important pour moi, c’est qu’il a jugé que mon travail était bien dans l’esprit, qu’il était « thorgalien » et que j’avais saisi ce qui fait, pour lui, qu’un dessin correspond bien à la série.
Les deux éléments importants étaient d’une part la ressemblance des personnages, d’autre part l’esprit d’aventure, l’ambiance des planches, les masses de noir, ce qui fait qu’on se sent tout de suite chez Thorgal.
…
L’idéal me semble, ici, de replacer différentes photographies mises en ligne au cours des mois passés. La première série est issue d’une rencontre autour de planches de Kriss de Valnor, la seconde vient de l’une des deux rencontres en Suisse, décrites par Fred ci-dessus.





Et bien sûr, les personnages dont nous parlons ici, se réincarnant dans les mains de Fred Vignaux.



moi aussi, je trouve que les dessins de Vignaux sont très thorgaliens, par les ambiances qu’il crée, par le dynamisme qu’il insuffle, par les émotions qu’il fait naître !
Tu as raison Arnusse, Fred se présente parfois dans ses entretiens comme un besogneux, mais il y a bien plus que du travail dans ce qu’il fait ! Ça me rappelle un peu Grzegorz Rosinski qui, malgré la qualité de ses travaux, a tendance à minimiser ses propres qualités.
L’artiste nous livre quelques astuces de création, dans cette dernière partie de l’entretien. Il nous dit surtout l’importance qu’il donne à la réalisation du story-board. On en reparle un peu plus bas.
…
Comment préparez-vous les planches ? Travaillez-vous case après case, ou avec une approche globale de la planche ? Comment imaginez-vous la scène, quand il y a du mouvement, quand vous voulez représenter une scène d’action ? Comment placez-vous les regards, les caméras ?
La création se fait tout d’abord au stade du story-board. Le cheminement de l’œil au sein de la planche est très important. Le placement des bulles est important, puisque l’œil va forcément d’une bulle à l’autre. Selon l’emplacement des bulles, l’œil va parcourir toute la case, ou seulement une partie de la case.
Par exemple, sur un panoramique, si la bulle est à gauche, l’œil va traverser la case en diagonale et ignorer ce qui est sur la droite, sans avoir forcément vu les informations semées sur la droite de la case.
Vous réfléchissez BD dès le départ.
Oui. Je ne fais pas de la BD parce que j’ai des envies de cinéma, mais bien pour la BD. Les règles de cadrage sont universelles, les compositions, les valeurs, les fuyantes… L’avantage de la bande dessinée est que le cadre n’a pas un format unique, 16:9 ou autre. Chaque case a son propre format. La forme des cases se choisit en fonction de ce que l’on veut placer dedans. Le rapprochement avec le cinéma ou la photographie peut se faire dans un second temps, avec les ambiances, l’éclairage, ce qui se met en place par la suite.
Il est important aussi que la planche s’anime. Il faut éviter d’aligner les personnages, il faut faire des compositions en triangle avec des masses différentes. Sachant que dans une planche classique de Thorgal il y a quatre à sept cases, peut-être un peu plus aujourd’hui. Par exemple, si on a trois portraits dans la planche, j’essaie de faire en sorte de ne pas les aligner d’un côté, d’équilibrer les masses des portraits. Une composition en triangle, cela peut être un petit portrait en haut au milieu, un portrait de moyenne valeur en bas à gauche et un portrait de plus grosse valeur en bas à droite.
Ensuite, pour qu’une planche soit dynamique, il faut faire en sorte que les mouvements soient cohérents au sein d’une page. Par exemple, si on jette un objet, la trajectoire dans la planche doit correspondre à la trajectoire possible dans la réalité. Il ne faut pas qu’un objet soit jeté vers la droite, et qu’on le voie partir vers la gauche dans la case suivante. Ce sera la même chose quand on coup de poing est donné, quand quelqu’un court, etc. Tout soit être logique, il y a beaucoup de petites astuces assez techniques, qui doivent être gérées au sein d’une planche.
Il y a également la recherche de la « belle case », le beau paysage. J’essaie de faire en sorte qu’il y ait dans chaque planche au moins une ou deux cases emblématiques, assez fortes. Un grand décor, un beau regard, ou même une belle ambiance colorée. On doit se dire pour chaque planche qu’elle est belle, sans forcément chercher à savoir pourquoi. Mais cet effet ne doit pas se retrouver dans chaque case, sinon il n’y a plus d’étonnement.
Émotionnellement, la lecture d’un album doit être en dents de scie, avec des temps calmes, des moments surprenants, des temps forts. On trouve cela dans la narration, mais on doit aussi le ressentir dans le dessin.
Pour bien penser une planche, il faut avoir tout étudié dès le story-board.
Merci pour ces éclairages et cette immersion dans l’esprit du créateur de bande dessinée. Le nouvel album est en route ?
Oui, on retrouvera Thorgal en 2020.
Avec grand plaisir ! Merci Fred, et à bientôt sur Thorgal.com.
…
Voilà, c’est fini, nos deux mains se desserrent de s’être trop serrées, la foule nous emporte chacun de notre côté.
J’espère que cette série (malgré le léger retard de diffusion
) vous a plu. Je vais remettre l’entretien, en entier cette fois-ci, en ligne dans la fiche de l’auteur, courant mars.
Et j’ai d’autres surprises pour vous, dans ce même sujet, dans les jours qui viennent ! Et si vous voyez qu’elles ne viennent pas, faites comme d’habitude, venez me tirer les oreilles pour relancer la machine à diffusion.
Mais on ne peut pas se quitter sans mettre un peu le nez, bien sûr, dans le story-board de maître Fred. Le prof dévoile tout, vous saurez faire de la BD maintenant.
Rah non zut, faut savoir dessiner.

Cette première page de story-board se retrouve ci-dessous dans sa version finale dessinée, avec une grande fidélité à l’impression première de l’auteur.


Deux changements majeurs, par contre, pour cette autre planche. Le découpage, tout d’abord, qui remplace la case par la bande. Un peu comme si on regardait, comme la petite fille, en soulevant légèrement un morceau d’étoffe nous masquant partiellement la scène. Une vraie rupture visuelle pour ce flashback.
Autre changement important, la posture et la place de Shaïgan dans l’image. Le conquérant à la hache levée devient un guerrier sombre et fuyant, à l’épée baissée. Ouf, on a évité l’erreur de casting !

Merci pour cette belle interview
Cette dernière partie est à nouveau fort intéressante, on aborde véritablement la technique narrative propre à la BD.
Mais au fait, tu ne nous as pas raconté comment tu avais rencontré Fred pour mener à bien cet entretien
:
En fait, j’avais rendez-vous dans les locaux du Lombard pour parler de tout autre chose. Plutôt mes projets actuels, ma place dans l’organigramme (s’il y en a une
), ce que je veux faire et ne veux plus faire, ou plus de la même façon. Un processus engagé depuis au moins 2 ans et qui, les glorieux anciens ont pu le constater, a quelque peu ralenti le rythme de mise à jour du formidable et néanmoins fantastique site Thorgal.com.
En parallèle, j’ai pensé qu’il serait sympa de profiter du long voyage menant à la lointaine capitale pour faire des rencontres, manger des pizzas et améliorer mon immunité naturelle en prenant à pleines mains les barres des rames de métro.
Et donc, contact a été pris avec Fred, qui a gentiment accepté de faire le déplacement, certainement aussi appâté par cette histoire de pizza. On s’est assis dans un coin. C’était inarrêtable, on aurait pu parler pendant des heures si nous n’avions pas eu d’autres rendez-vous.
Ah oui, là c’est plus trop la saison pour retenter le coup de l’immunité naturelle dans les rames de métro !
Et pour la suite, qu’est-ce qui est ressorti de l’organigramme thorgalien avec Le Lombard
:
Tjahzi a écrit
Et pour la suite, qu’est-ce qui est ressorti de l’organigramme thorgalien avec Le Lombard
Je réponds (en partie), mais tout d’abord, un petit mot pour dire que les deux entretiens distillés dans ce sujet sont désormais dispos sur le site dans la fiche auteur de Fred Vignaux.
Et donc, rapidement parce que je ne dis évidemment pas tout, j’ai fait des propositions au Lombard, l’idée étant, au choix :
– J’arrête tout !
– Je continue mais en faisant plus et mieux, et avec peut-être une rémunération.
Je suis donc arrivé avec des batteries de propositions, portant sur de nombreux domaines. Sauf la BD, parce que je ne veux pas ou peux pas m’en mêler, il y a trop d’enjeux, on n’a pas besoin de moi et je ne suis plus vraiment lecteur de la série.
Je crois qu’il est facile et enthousiasmant de faire la promo d’une œuvre quand on est fan, beaucoup moins quand on est juste un observateur. Un équilibre doit être trouvé. Ça peut être financier, ça peut être par la participation à d’autres projets emballants.
Je ne sais pas si j’en dis trop ou pas assez, mais il faudra faire avec !
Et le plus important, notamment dans ce sujet, c’est que je vous invite à redécouvrir les entretiens avec Fred dans leur intégralité, une relecture intéressante et différente de la diffusion qui a eu lieu ici.
Il y a quelques mois, notre valeureux Fred a participé à une « Masterclass » en ligne, en direct, pour la chaîne Adobe (donc, autour des logiciels de la marque).
Il a tellement apprécié, et tellement parlé et dérivé, qu’il a même fallu un second épisode pour faire le tour de ce qu’il souhaitait présenter. On en reparlera, bien sûr.
Fred est avec Franck Payen, manifestement expert dans l’utilisation de ces outils et excellent connaisseur des arts graphiques.
Je vous propose aujourd’hui de voir ou revoir cet entretien, de diverses façons, comme vous le souhaiterez. Vous pouvez aller sur la chaîne Youtube en question, afin de voir la vidéo et le chat qui s’est déroulé en direct. Dans ce cas, il faut cliquer ICI.
Mais si vous préférez rester sur le magnifique et néanmoins formidable site Thorgal.com (un site Internet qui était, le saviez-vous, déjà cité en exemple dans les médias au cours des années 60 et 70), il y a du bonus !
Parce que moi, je l’ai regardée en entier, la session vidéo ! Si madame ! Et en plus c’est hyper long, ça dure deux heures, et attention (alerte SPOILER) les deux gars ne mangent même pas un sandwich, malgré les ventres qui grognent. Pas une bière, rien.
Je vous propose donc ceci : vous pouvez regarder en entier, ou vous laisser piloter par le guide de lecture qui est sous la vidéo, et qui peut éventuellement vous mener à différents moments stratégiques. Vous pouvez vous en servir comme d’un marque-page virtuel, car tout est intéressant, ou pointer ce qui vous passionne le plus.
Tout est là, c’est pour vous, bonne séance. Mais chuuuuut… Fred et Franck s’installent…
2 min : présentation des Mondes de Thorgal
3 min : Facebook Vignaux
4 min : site Thorgal.com
5 min : iamag.co
9 min : albums Facebook Vignaux
10 min : parcours, études
12 min : cours du soir
13 min 30 : premier projet « L’ombre des anciens »
16 min : dépôt de bilan, BD non distribuée
17 min 30 : nouveaux projets, BD institutionnelles
18 min : « Time twins » au Lombard
19 min : « L’appel des légendes » chez Glénat
21 min : « Le pendule de Foucault » avec Didier Convard
21 min 30 : « Vercingétorix » (Ils ont fait l’histoire)
22 min 30 : « Neige »
23 min 30 : couvertures de la sagesse des mythes
25 min : Dorison repère Vignaux
27 min : Kriss et Thorgal
28 min : différents auteurs
29 min 30 : Rosinski arrête Thorgal
32 min : Vignaux auteur de Thorgal
33 min : tome 38 de Thorgal
34 min : couverture tome 37
34 min 30 : imprimerie tome 37
36 min : dédicaces
37 min 30 : brosses Photoshop
40 min : faire une BD, travailler avec Yann
41 min : choix des scènes alternatives
42 min : script de Yann
43 min : décryptage du scénario, page 1
44 min : rassembler la documentation
45 min 30 : esquisses de personnages pour la bible graphique
49 min : étude de décors de Neige
54 min 30 : story-board Neige, avec modèles 3D
58 min 30 : format des images
59 min 30 : croquis Kriss de Valnor
1h 01 min 40 : Esquisses « L’ermite de Skellingar »
1h 03 min 00 : Découpage de l’album, timbre-poste
1h 05 min 00 : Comment disposer des cases ? Exemple avec une planche de Neige + cheminement de l’oeil et variation des plans
1h 12 min 30 : étude d’une double-page (cheminement, noeuds graphiques, strips, gestion du temps)
1h 20 min 30 : Sens de la narration
1h 21 min 50 : l’art invisible
1h 22 min 30 : nouvelle planche de Neige
1h 24 min 10 : étude d’une planche de Thorgal 37
1h 26 min 40 : étude d’une autre planche de Thorgal 37
1h 29 min 10 : placer les bulles
1h 35 min 20 : observation du story-board, planche 1
1h 37 min 10 : création du story-board
1h 43 min 00 : personnages sur le story-board
1h 46 min 00 : dessin affiné sur le story-board
1h 48 min 00 : positionner le texte à partir du script, créer les bulles
1h 54 min 00 : conclusion et rendez-vous pour une seconde session
…
Allez les amis, c’est à vous, postez vos commentaires, vos idées, vos surprises ou vos coups de cœur. Avec tout ce que partage Fred, il y a forcément quelque chose à dire.
Je viens de poster un article en page d’accueil, avec une présentation bien plus sage que ci-dessus.
Mais mais mais, je vous attends toujours ! Quel est votre avis sur cette intervention de notre dessinateur ? Avez-vous des remarques, des questions ? Avait-il choisi le bon tee-shirt ?
Je compte sur vous pour venir commenter cette vidéo.
Un grand Merci à Thorgal BD pour le travail sur le référencement des scènes… je ne me souvenais pas avoir parcouru tant de thèmes ! bon visionnage à tous ! 😉
Salut Fred, je suis content que ça te plaise !
Plus qu’à faire la même chose pour le Masterclass 2.
Merci pour ce partage, le contenu c’est du lourd!
L’entretien est courtois mais c’est vrai pas une bière, pas un verre d’eau, notre dessinateur a la forme! Heureusement il est assis 
Brigitte Bardot en modèle pour Aaricia mais ne pas oublier jeune lol
Une question, Hergé avait l’habitude de se dessiner dans ses oeuvres, comme Fred utilise des modèles et des photos, a t’il pensé de se représenter en viking ou autre personnage?
Les explications du storyboard sont correctes, pas mal d’infos, pour commencer il faut savoir faire les rectangles et les carrés, les conseils sont sérieux avec parfois des pointes d’humour 
Je serais intéressé de voir Fred sur papiers.
J’en dis pas plus, une session sympas à suivre, bon boulot à Fred et merci à lui.
En attente pour la session couleur.
Merci pour ce partage, le contenu c’est du lourd!
L’entretien est courtois mais c’est vrai pas une bière, pas un verre d’eau, notre dessinateur a la forme! Heureusement il est assis 
Brigitte Bardot en modèle pour Aaricia mais ne pas oublier jeune lol
Une question, Hergé avait l’habitude de se dessiner dans ses oeuvres, comme Fred utilise des modèles et des photos, a t’il pensé de se représenter en viking ou autre personnage?
Les explications du storyboard sont correctes, pas mal d’infos, pour commencer il faut savoir faire les rectangles et les carrés, les conseils sont sérieux avec parfois des pointes d’humour 
Je serais intéressé de voir Fred sur papiers.
J’en dis pas plus, une session sympas à suivre, bon boulot à Fred et merci à lui.
En attente pour la session couleur.
Peut-être aurons-nous le master-class 2 pour la sortie de la Selkie, ça serait drôlement bien.
Roh le coup de pression !
Je vais essayer !


