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Les dieux ont mis un homme à l’épreuve
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LA · MAGICIENNE · TRAHIE
Grzegorz Rosinski
Jean Van Hamme
Condamné à mort pour avoir aimé la fille de son roi, Thorgal Aegirsson est sauvé par une étrange femme rousse accompagnée d'un loup. En échange de sa vie, il devra lui obéir aveuglément pendant un an, et l'accompagner dans sa quête vengeresse.
Février 1980
Tome · 1

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Althing

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Thorgal a été élevé par les Vikings, mais beaucoup d’entre eux ne l’ont jamais vraiment accepté.

Trouvé en mer par l'ancien chef du clan, il n'a jamais pu percer le mystère de ses origines. Il se sait différent. Il se sent différent. Mais son âme brûle de la même volonté farouche que celle des hommes du nord. Sa vie est là, auprès d'eux, forgée dans le creuset rude et glacial qui mêle leurs coutumes, leurs rites et leurs croyances.

Mais aujourd’hui, fouetté, enchaîné, humilié, le jeune guerrier est mené à l’anneau des sacrifiés par Gandalf-le-fou, roi des Vikings du Nord. Parce que lui, le scalde sans terre, l’orphelin sauvé des eaux, a osé aimer la fille de son roi.

Et parce qu’elle a osé l’aimer en retour.

Dans moins d'une heure, le froid t'aura paralysé. Dans moins de deux heures, tu seras mort. Mort en vain. Moi, je t'offre la vie. Et de cette vie, je ne te demande qu'une année. Qu'as-tu à perdre, Thorgal ?

Ma fierté !

Voici les premières planches de l'album « La magicienne trahie » avec les couleurs originelles, ainsi qu'une belle esquisse réalisée par Grzegorz Rosinski. Son crayon et son pinceau étaient encore à la recherche des personnages de ce premier tome : équipé d'un bouclier et d'une boucle d'oreille, Thorgal n'est pas encore celui que l'on connaît !

Frappé et humilié, le jeune Thorgal est conduit à l'anneau des sacrifiés par son roi. Rongé par la haine, Gandalf-le-fou n'a pas accepté l'amour que se portent Thorgal et sa fille Aaricia.
Cachée dans l'ombre, une femme à l'oeil bandé attend son heure en observant la scène avec satisfaction. Elle guette le moment où le jeune homme perdra espoir. Elle patiente car, malgré le froid et les circonstances, la souffrance de Thorgal pourra peut-être lui permettre de faire de lui l'allié dont elle a tant besoin.

Entre · les · cases

Terrain des premières aventures de Thorgal, cet album est partagé en deux histoires totalement distinctes. La première, « La magicienne trahie », s'inscrit au cœur de la saga en introduisant des personnages majeurs — Thorgal, Aaricia, Gandalf et Slive — et en posant les bases de l'univers et des thèmes de la série.
La seconde, « Presque le paradis... », est un récit court et intense, réalisé pour compléter la trentaine de planches de la première histoire afin de permettre sa parution en album avec une pagination correspondant aux standards de l'époque. En proposant au lectorat un détour qui mêle l'action, l'émotion et la magie, cet ajout réussi ouvre également une tradition du récit court qui perdurera tout au long des années 80 et qui explorera essentiellement la jeunesse des personnages principaux.

Une rencontre

Grzegorz RosinskiJean Van HammeL'histoire de Thorgal commence par une rencontre, entre un dessinateur polonais, connu dans son pays mais désireux de percer à l'ouest, et un scénariste belge à la recherche de nouveaux projets. Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme se croisent en 1976, et décident de travailler ensemble.

S'il a surtout travaillé en tant qu'illustrateur, Rosinski a déjà fait de la BD en Pologne. Van Hamme écrit des scénarios depuis une dizaine d'années, tout en étant représentant commercial, mais il souhaite faire de l'écriture un métier à plein temps.

Ensemble, ils vont créer un nouveau personnage, un viking atypique, naviguant au sein d'un univers mêlant mythes, magie, western, science-fiction et romance. Un étonnant pari... Les deux auteurs ne se quitteront plus pendant 30 ans.

Le contexte de cette rencontre et la genèse de la série vous sont présentés dans la partie Collection du site, en suivant ce lien.

Premier récit

La toute première image de la série nous propose un pied, une jupe, et un dos balafré ! La mer, la violence des éléments et des hommes, le froid, la haine et l'amour... Un condensé de la série est réuni dans les deux premières planches, autour du cultissime échange verbal entre Thorgal et Gandalf. Le colérique roi viking marque le visage de Thorgal d'un cruel coup d'épée, lui offrant ainsi le signe distinctif qui lui aurait manqué, la marque du héros.
Voici d'ailleurs la première et dernière fois de sa vie d'adulte où Thorgal apparaît dans un album sans sa cicatrice emblématique.

ThorgalAccompagnée d'un titre en léger décalage avec son contenu, la première histoire de Thorgal ne dispose que de 30 planches pour permettre à Thorgal, Slive, Gandalf et Aaricia de s'affronter, s'aimer ou se haïr. Elle donne le ton que conservera la série tout au long des aventures du fils des étoiles : des vikings rugueux, cernés de mythes et de magie, et un héros à la grandeur d'âme proportionnelle à son courage.

On peut remarquer le très net découpage de l'histoire en chapitres composés de six planches. En 1977, comme pour beaucoup de séries à l'époque, l'habitude était de prépublier les planches de BD dans des revues spécialisées. L'une des plus célèbres était la revue Tintin, qui présentait les futures publications du Lombard. L'accueil réservé aux nouveaux personnages pouvait être déterminant avant une éventuelle parution en album.

Le découpage de ce premier tome a entièrement été pensé en vue de cette prépublication dans Tintin, afin de rendre l'histoire compréhensible pour tous. C'était d'autant plus nécessaire que la prépublication s'est étalée sur plusieurs mois en Belgique (de mars à octobre 77), puis autant en France (de septembre 77 à février 78, chaque pays ayant son propre « Tintin » avec des rythmes de publication différents). Voici ces cinq chapitres de six planches chacune, avec leur titre respectif :

Le fils des orages (p.3-8)
Les anneaux de Freyr (p.9-14)
La fête du Jøll (p.15-20)
Les Baalds (p.21-26)
Un drakkar de glace (p.27-32)

Ce découpage donne d'ailleurs un rythme particulier et plaisant à cette histoire, peut-être un peu plus naïve que les suivantes, mais qui laisse tellement de questions en suspens qu'elle ne peut qu'inciter à découvrir la suite !
Voici les premières couvertures de Tintin ayant mis Thorgal et « La magicienne trahie » à l'honneur.

Tintin édition belge - 22 mars 1977Tintin édition française - 28 février 1978

La première est celle du Tintin belge du 22 mars 1977, contenant les premières planches de l'album. Thorgal partage la vedette avec Olivier Rameau, Comanche et Bernard Prince, des héros bien plus célèbres que lui. Vous remarquerez que l'image a été inclinée et retouchée et que, pour tenir dans la case, Thorgal se retrouve affublé d'un incroyable falzar, semblable au froc de Bruce Banner après une transformation en Hulk. Quant à Gandalf, sa superbe tunique rose est remplacée par un torse nu et une jupette grise, avec la cape rouge qui va bien. La classe, les mecs.
La deuxième couverture marque la première apparition de Thorgal en tête d'affiche du Tintin français, le 28 février 1978. La revue en était au 4ème épisode de six planches, « Les Baalds », et la scène était fort bien choisie.

Une saga familiale, déjà

La magicienne trahie

Les quatre principaux acteurs de ce premier tome forment une drôle de famille ! Le père haï, brutal et puissant, le gendre indomptable et mal-aimé, la fille convoitée au mépris des traditions, la belle-mère désirée, implorée, à la vie sacrifiée.

Emprisonnée dans la pierre pendant 10 ans, Slive est désormais prisonnière de sa haine. Elle est, un peu, la première mère de Thorgal dans la série ; il en aura d'autres. Pour assouvir sa vengeance, elle s'adjoint un fils de circonstances, un jeune homme qu'elle sait rejeté par son clan et qu'elle soumet grâce à un serment d'allégeance et à des promesses de vengeance et de liberté. Elle croit à tort qu'il est comme elle, qu'ils ont un but commun, et qu'il restera à ses côtés pour toujours.

Finalement, Slive reçoit une leçon. Une leçon d'amour et de courage, venue du jeune homme qu'elle souhaitait manipuler. Et c'est à ce moment que commence véritablement l'histoire de Thorgal, lorsqu'il parvient à toucher le cœur de ceux qui l'entourent par des paroles et des actes qui vont bien au-delà de ses talents guerriers.

Impressionnée, séduite, Slive s'en va. Mais elle reviendra, et cette fois ce ne sera pas pour se venger de Gandalf-le-fou et de son clan viking. Ce sera pour Thorgal.

La magicienne trahie

Histoire de noms

Les personnages principaux de « La magicienne trahie » ont tous une histoire, leur nom également.

Son héros principal, Thorgal, n'a pas été choisi par hasard. Les auteurs et éditeurs recherchaient un nouveau personnage pour le journal Tintin, hebdomadaire qui paraissait en France et en Belgique et publiait les séries du Lombard. Des cow-boys et aventuriers de toutes sortes s'y côtoyaient déjà. Alors, pourquoi pas un viking ?

Pour choisir les noms de ses personnages, Jean Van Hamme travailla par assonance, à partir de noms scandinaves. Pour son personnage principal, il choisit un nom de guerrier, Ragnar, du nom d'un pirate danois qui participa notamment au pillage de Paris en 845, sous le règne de Charles le Chauve. Un nom qui évoque également le Ragnarök, crépuscule des dieux, la bataille de la fin des temps qui est au cœur des mythes vikings (voir l'album « Géants », 22ème tome de Thorgal).
Un nom de famille lui fut rapidement choisi : ce sera Aegirsson, « fils d'Aegir », le puissant géant des mythes, le maître des océans.

Les premières planches ont donc été écrites et dessinées pour Ragnar, pas pour Thorgal ! Mais très vite, un problème se pose. Ragnar, le viking, existe déjà.
Une série dont le personnage principal porte le même nom a été publiée de 1955 à 1969 dans les revues Vaillant et Pif Gadget (par Eduardo Coelho et Jean Ollivier, réédité au début des années 2000 par Glénat). Il fallut donc changer le nom du héros. Van Hamme reprit ses assonances et décida cette fois de façonner lui-même un nom, en se basant sur celui du dieu scandinave le plus connu, le puissant Thor. Le héros s'appellera donc Thorgal Aegirsson, nom traduit dans la série par « Envoyé de Thor, fils d'Aegir » ou, de façon plus symbolique, « Envoyé des orages, fils des océans ». Un nom qui prendra toute sa valeur dans la première histoire du tome 7 « L'enfant des étoiles ».

Voici une jolie curiosité, un extrait de l'une des premières planches de « La magicienne trahie », avant les retouches qui donneront à Thorgal son nom définitif. En observant les premières planches du premier chapitre, on voit d'ailleurs que le nom de Thorgal est tracé dans les bulles avec moins de rondeur et d'efficacité que le reste du texte, certainement par une autre main que celle de Grzegorz Rosinski. Découvrez donc les aventures du valeureux Ragnar !

Ragnar Thorgal

Le nom d'Aaricia sonne moins viking, et pour cause, il ne l'est pas ! Pour ce personnage féminin qui reste secondaire dans cette première histoire, Jean Van Hamme a repris le nom d'un autre personnage secondaire qu'il avait créé pour un autre de ses héros, le richissime aventurier Largo Winch (voir la biographie de l'auteur).

AariciaAlors que les contours de sa nouvelle série BD — Ragnar ! — se dessinaient, Van Hamme travaillait en 1976 sur l'adaptation en roman des aventures d'un autre héros, le milliardaire Largo Winch, inventé pour la BD en 1973 mais jamais publié. Dans « Le groupe W », roman qui paraîtra presque jour pour jour au moment de la première publication de Thorgal dans Tintin, le beau Largo rencontre Aricia Del Ferril, jolie argentine aux cheveux bruns et aux yeux gris.

Le scénariste donna donc le même nom à ses deux héroïnes, n'imaginant pas que les deux séries deviendraient des best-sellers vendus à des millions d'exemplaires. Le double A, au début d'Aaricia, donna à son nom une petite touche ethnique bienvenue.

Dernière anecdote sur ce nom, Largo Winch fut finalement adapté en BD bien plus tard, en 1990 (avec Philippe Francq, chez Dupuis). Thorgal et Aaricia étant devenus des stars de la galaxie Van Hamme, le scénariste choisit de ne pas réutiliser le nom de sa jolie héroïne, qui fut renommée Charity Atkinson dans les albums et devint anglaise.

Gandalf-le-fouLe nom de Gandalf-le-fou est lié à une anecdote bien connue.
Pour beaucoup de lecteurs de fantasy, Gandalf est surtout le puissant mage gris de l'épopée du seigneur des anneaux, œuvre majeure de l'auteur anglais J.R.R. Tolkien. Très célèbre aujourd'hui, notamment grâce à l'adaptation au cinéma par Peter Jackson au début des années 2000, la saga de Tolkien était beaucoup moins connue du grand public dans les années 70. Elle venait tout juste d'être traduite en français.

Van Hamme choisit donc ce nom qui sonnait bien — Tolkien a beaucoup pioché dans les mythes scandinaves pour choisir les noms dans ses romans. Comment imaginer que ce nom deviendrait doublement célèbre ? C'est peut-être un nom porte-bonheur.

Presque le paradis...

Presque le paradis... - TintinLa seconde partie de l'album nous propose une histoire complètement détachée de la première. 16 pages magnifiques, découpées cette fois en deux tranches de 8 planches. Les deux parties ont été prépubliées en janvier et février 1979 dans le Tintin belge, et un an plus tard dans le Tintin français, peu avant la parution en album (voir ci-contre la couverture accompagnant la prépublication dans Tintin). Cette courte histoire fut donc un peu le teaser de lancement de la série en albums.

Elle permit de compléter la première partie du cycle de la Reine des Mers Gelées — la suite étant dans le tome 2 de Thorgal, « L'île des mers gelées » — afin de proposer un album de 46 planches, une norme qui accompagnera durablement la série. On peut s'interroger sur la place de ce court récit dans la saga. Thorgal a déjà sa cicatrice au visage, et c'est ici que disparaît son cheval Fural, apparu dans « La Magicienne trahie ». Lorsque Thorgal et Aaricia quittent le village après leur mariage, dans le tome 3 « Les trois vieillards du pays d'Aran », Fural n'est plus là. Il semblerait donc que Thorgal ait disparu pendant un an à cette époque de sa vie, juste au moment où il s'apprêtait à quitter le village avec sa jeune épouse !

La mise en couleur est moins flashy qu'en début d'album. Le trait est plus fin et plus précis. Tout au long de la série, Rosinski continuera à faire évoluer ses approches graphiques, son matériel, sa mise en couleur et son encrage, faisant de Thorgal le laboratoire de ses idées, de ses envies et de son évolution artistique.

L'histoire de « Presque le paradis... », émouvante et cruelle, joue avec le lecteur jusqu'à la dernière case. Elle aborde déjà le jeu temporel, comme le feront plusieurs autres albums, chacun à leur manière, chaque fois différente : « Les trois vieillards du pays d'Aran », « Le maître des montagnes », « La couronne d'Ogotaï ».

Poursuivi par des loups, Thorgal tombe dans un gouffre qui lui fait quitter l'hiver froid et dangereux du monde réel pour rejoindre un paradis chaud et lumineux, habité par trois sœurs séduisantes et apparemment désœuvrées. Les loups et le froid du haut sont remplacés par les belles et la chaleur du bas. Le paradis semble idéal – lumineux, chaleureux, érotique. Ce lieu de fantasme ne sera pourtant aucunement capable d'attirer et retenir le jeune aventurier viking.

Dans cet univers clos presque parfait, la vie des trois sœurs est-elle enviable ou terrifiante ? Enfermées dans leur prison temporelle, elles ne peuvent que rêver du monde, alors que leur paradis intime leur donne tout, et les prive de tout. On offre à Thorgal l'amour, le repos, la vie éternelle. Un autre que lui aurait pu succomber, mais il choisit de fuir ce paradis pour conserver son bien le plus cher, la liberté.

La magicienne trahie

Thorgal prend son envol

Le succès en revue semblant gage de succès en album, Thorgal va quitter le berceau de Tintin en 1980. Il faut dire que ses premières aventures ont été très bien accueillies par le public, qui plébiscite la série dans les sondages de la revue. Les deux auteurs ont d'ailleurs reçu plusieurs prix BD avant même la parution en album cartonné.
Voici le premier pitch de la série.

Thorgal Aegirsson nous vient tout droit de l'univers inquiétant des brumes du Septentrion, là où se côtoyaient jadis les dieux, les hommes et les légendes.
Coupable d'être aimé de la trop belle Aaricia, Thorgal est condamné à mort par Gandalf-le-Fou, roi des Vikings du Nord. Mais une étrange magicienne l'arrachera à son sort en échange d'un pacte redoutable...

Voici la couverture du tout premier album, telle qu'elle fut imprimée dans les premières semaines de 1980. La chevelure flamboyante de la "magicienne" est mise en valeur, Thorgal et son terrible opposant semblant émerger des cheveux de Slive. La composition de l'image place Thorgal en position de faiblesse face au monstre et à son mentor, mais il saura reprendre la main par la suite.
Cette superbe couverture a finalement peu changé depuis, à part quelques détails. Il n'y avait pas de numéro sur le dos, le tome 1 attendant le succès avant de pouvoir réclamer la création d'une série au long cours. On pouvait lire une courte biographie des auteurs — avec leur signe astrologique, info manifestement importante ou amusante pour l'éditeur de l'époque — et le jeune couple Thorgal-Aaricia n'était pas encore accompagné de ses enfants. A l'intérieur de l'album, le beau Thorgal faisait en première page une promo plutôt marrante du journal Tintin qui l'avait fait connaître.
Les deux premiers albums de Thorgal ayant été édités, la même année, à quelques milliers d'exemplaires seulement, cela leur donne aujourd'hui une certaine valeur chez les collectionneurs.

La magicienne trahie - Edition originale - 1980

Van Hamme choisit dès les premières planches de faire de ses héros des personnages guidés par leurs émotions et leurs valeurs. Haine, amour et courage... Ce sont aussi des personnages pleins de mystères. Qui est Slive, quels sont ses pouvoirs ? Comment s'est forgé l'amour entre Aaricia et Thorgal ? D'où vient le beau guerrier, aux origines mystérieuses ? Pourquoi est-il tant haï par le père d'Aaricia ? Il faudra lire la suite.
C'est l'une des forces de la série Thorgal : les personnages se livrent peu, le scénariste s'amusant à parsemer leur parcours de zones d'ombres qu'il ne comblera parfois jamais.
Ces mystères, ces histoires cachées, à nous lecteurs de les rêver.

À suivre dans « L'île des mers gelées »...

Thorgal en promo

Le regard, chargé d’émotions contradictoires, échangé par deux ennemis mortels.

Scène de l'album
Nouvelles · couleurs

En 2022, les trois premiers tomes de la série Thorgal ont fait leur retour dans le rayon des nouveautés avec une nouvelle mise en couleur réalisée par Gaétan Georges. Attendue par certains lecteurs, surprenante pour d'autres, cette nouvelle édition ne laisse pas indifférent. En couverture, les différences ne sont pas flagrantes mais il reste amusant de comparer cette nouvelle édition (à droite ci-dessous) à la toute première version parue en 1980.

Nouvelles couleurs

Le titre et la déco s'affinent, mais l'essentiel n'a pas changé.

Nouvelles couleurs

La quatrième de couverture affiche les codes de son époque et expose l'incroyable progression réalisée par la série, au sein des collections et concepts qui ont accompagné son développement depuis 50 ans.

Nouvelles couleurs

Thorgal et Aaricia étaient si jeunes... L'épée et la fleur leur allaient bien.

Nouvelles couleurs

La famille s'est agrandie et c'est bien Jolan qui tient désormais l'épée, et Aniel qui occupe les bras d'Aaricia. Des années 80 à nos jours, la série enjambe les générations en faisant de ses personnages les héros d'une saga sans cesse renouvelée.

Nouvelles couleurs

Allez, on ouvre ! Et on voit que l'intérieur de l'album n'a pas changé. Un peu jauni par le temps...

Nouvelles couleurs

La page de titre reste fidèle aux origines.

Nouvelles couleurs

Et voici la mythique publicité qui renvoyait l'ascenseur vers la revue Tintin qui, dans les années 80, vivait ses derniers moments de gloire. La bande dessinée franco-belge, libérée de la prépublication, offrit peu à peu aux albums la place qu'on leur connaît aujourd'hui.

Nouvelles couleurs

On passe aux choses sérieuses, on vous a promis de nouvelles couleurs ! Et cette première page montre une évolution flagrante, qui joue avec le dessin d'une façon étonnante et réinvente l'expérience de lecture (voir l'atelier de Gaétan Georges plus bas).

Nouvelles couleurs

Il est intéressant de comparer les choix des deux artistes. La palette moderne est bien plus large, plus réaliste, et fait le choix de nuancer les surfaces. À côté, la palette des années 70 ne démérite pas, avec ses couleurs très marquées, très contrastées.

Nouvelles couleurs

Sur certaines pages, comme ici à droite, les couleurs réinventent les scènes en jouant d'une façon nouvelle avec le dessin de Grzegorz Rosinski.

Nouvelles couleurs

La seconde histoire, « Presque le paradis... », bénéficie du même bain de jouvence. On a mélangé les albums, reconnaîtrez-vous la version 1977 et la version 2022 ?

Nouvelles couleurs

Quand la bande dessinée s'affranchit des règles pour faire vivre l'action, faire ressentir la terreur, faire survenir...
la fin ?

Scène de l'album
Dans · l'atelier · de · Gaétan · Georges
Gaétan Georges

En 2022, les trois premiers tomes de la série Thorgal ont fait leur retour dans le rayon des nouveautés au tarif imbattable — bien que provisoire — de 5 euros par album, avec une nouvelle mise en couleur réalisée par Gaétan Georges. Attendue par certains lecteurs, surprenante pour d'autres, cette nouvelle édition ne laisse pas indifférent. Cet atelier met en lumière le travail minutieux réalisé par le coloriste. Suivons-le, il est justement au travail sur l'une des planches de « La magicienne trahie » !

Une approche respectueuse

Gaétan Georges est le coloriste des albums de Thorgal depuis le tome 37 « L'ermite de Skellingar ». Complice du dessinateur Fred Vignaux, il a aussi mis en couleur les tomes 7 et 8 de la série Kriss de Valnor, ainsi que plusieurs tomes de la collection Thorgal Saga. Étant lecteur et admirateur de la série Thorgal depuis son enfance, on peut compter sur lui pour réaliser un travail soigné et respectueux !

Le coloriste commence donc tout naturellement par observer attentivement le travail réalisé dans les années 70 par Grzegorz Rosinski. A l'époque, la palette de teintes n'est pas aussi étendue que dans les albums modernes mais elle est tout de même nuancée et détaillée.

La magicienne trahie - Atelier

Si on retire de la planche l'encrage réalisé par Rosinski, on voit que les couleurs primaires (bleu-rouge-jaune) et secondaires (violet-orange-vert) sont très présentes. Ce style, très typique de l'époque, est ancré dans notre mémoire visuelle. Gandalf et Aaricia ont les cheveux jaunes, mais on aime ça !

La magicienne trahie - Atelier

Afin de pouvoir démarrer le travail, récupérons tout d'abord l'encrage de la planche. Expressif, vivant, soigné, le dessin fait toujours son effet.

La magicienne trahie - Atelier

Rosinski travaillait avec de la peinture appliquée sur un bleu de coloriage. De nos jours, Georges réalise tous ces travaux sur ordinateur. La palette de couleurs est infinie. Il peut choisir sans frein, sans limite, les teintes qu'il souhaite appliquer. La première étape consiste donc à sélectionner les couleurs de base et à appliquer des aplats dans toutes les zones de la planche.

Dans la première case, on peut remarquer que les compagnes d'Aaricia les plus détaillées sont mises en couleur de façon plus précise que dans la planche originelle, mais aussi que les silhouettes moins détaillées sont pour le moment fondues dans l'arrière-plan. C'est pourquoi quelques traits noirs se promènent dans le ciel bleu.

La magicienne trahie - Atelier

Vous le voyez, l'objectif est de proposer des teintes plus réalistes, plus proches aussi de ce qui est réalisé dans les albums des années 2020. L'ambiance est immédiatement très différente, notamment parce que les vêtements de Gandalf n'ont plus du tout les teintes d'origine. Rappelez-vous, le bon roi avait une tunique bleu turquoise, une cape violette et des bottes orange. On l'aimait bien, malgré tout !

La magicienne trahie - Atelier

Cette première étape est fondamentale mais n'est que l'ébauche de ce qui va être réalisé. Gaétan travaille maintenant les fonds des cases, essentiellement le ciel et le sol. Il nuance les aplats et place de premières lumières. On voit aussi qu'il décide — et il a bien raison ! — de redonner à la case centrale le fond orangé puissant qui en faisait le point focal de la planche. Avec les couleurs plus chaudes qui ornent désormais Gandalf, la case centrale est encore plus imposante qu'autrefois.

La magicienne trahie - Atelier

L'autre choix fort a été de supprimer un élément du fond que Rosinski avait dessiné à l'aide de couleurs. Dans la case originelle, Gandalf est placé au cœur d'un groupe de Vikings modélisé par des ombres. Dans la nouvelle version, il est seul dans sa case et une pluie d'étincelles semble émerger de lui. Le coloriste a ainsi cherché à renforcer le dynamisme de la case et l'agressivité du personnage.

La magicienne trahie - Atelier

Ombres et lumières

Gaétan Georges place maintenant les ombres sur les personnages et sur le sol qui les entoure. Il s'appuie sur les ombrages déjà présents au travers de l'encrage de Rosinski, qui impose une lumière zénithale assez forte. Le soleil est haut dans le ciel.

Cette étape ajoute des ombres nettement plus marquées que dans la planche originelle. Elle apporte aux corps et aux objets une lecture en 3D plus présente. La planche quitte définitivement les années 70.

La magicienne trahie - Atelier

Plus discrète, l'étape suivante ajoute de la profondeur aux scènes. Gaétan souhaite assombrir les personnages qui nous tournent le dos dans les trois cases de droite, pour mettre en valeur la partie éclairée de ces scènes.

La magicienne trahie - Atelier

Pour renforcer encore l'effet, il choisit aussi de fondre dans le décor les personnages féminins qui encadrent Aaricia dans les deux premières cases, comme Grzegorz l'avait fait à l'origine. Voici la planche après ajout de toutes ces petites retouches.

La magicienne trahie - Atelier

Après les ombres, le coloriste ajoute maintenant les lumières, en gardant toujours à l'esprit que le soleil éclaire la scène par le haut. Les retouches sont nombreuses, de l'épée de Gandalf à la besace de Thorgal. La chevelure d'Aaricia reçoit des reflets qui lui donnent du relief.

La magicienne trahie - Atelier La magicienne trahie - Atelier

Soigner les détails

Primordiale dans l'esprit du coloriste, l'étape suivante consiste à ajouter des textures dans toute la planche. Cela permet de simuler l'utilisation d'un véritable pinceau, d'une véritable aquarelle. Les tissus, la peau, les sols et le ciel semblent ainsi avoir été réalisés à la main, sur du papier, comme le faisaient Grzegorz Rosinski et Graza lorsqu'il mettaient Thorgal en couleur. Les myriades de retouches montrent l'attachement de Gaétan Georges, son envie de peaufiner encore et encore ces images qui ont marqué sa jeunesse — et la nôtre !

Cette étape a tendance à éclaircir la planche. Les retouches améliorent aussi la mise en place de certaines ombres.

La magicienne trahie - Atelier

C'est terminé, Gaétan ? Toujours pas ! L'auteur estime que la scène reste un peu trop sombre, alors qu'elle se déroule sous un beau soleil venant réchauffer l'hiver. Il éclaircit la page et réchauffe globalement les teintes.

La magicienne trahie - Atelier

Ce réchauffement des teintes est particulièrement visible dans la scène centrale, celle qui équilibre la planche.

La magicienne trahie - Atelier

Le voyage se termine, laissons Gaétan continuer à illuminer et enrichir les planches originelles.

L'image et la planche interactives qui suivent peuvent être manipulées avec la souris ou le doigt. Choisissez et comparez les étapes de réalisation des nouvelles couleurs de Thorgal !

La · légende · de · Thorgal
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Le cycle de la magicienne

»

Les premières aventures de Thorgal le mènent à la rencontre d'un peuple oublié, maître de savoirs hors du commun, au cours d'une quête initiatique qui l'entraînera bien loin de ses terres vikings.

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Les albums individuels

»

Porté par le vent de l'aventure et par sa soif de liberté, Thorgal doit faire face à de nombreux dangers qu'il affronte avec courage et détermination.

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Le cycle de Brek Zarith

»

Pour sauver Aaricia et l'enfant qu'elle porte, Thorgal va devoir défier les dieux avant d'affronter Shardar, le puissant maître de Brek Zarith.

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Les origines

»

Avec de premières épreuves et de premières quêtes teintées de merveilleux, l'enfance de Thorgal et Aaricia nous est racontée dans plusieurs histoires courtes réunies au sein de deux albums incontournables.

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Le cycle du pays Qâ

»

La rencontre avec Kriss de Valnor mènera Thorgal et les siens de l’autre côté du grand océan, dans l’enfer de la guerre du Pays Qâ, à la rencontre de demis-dieux se battant pour le destin du monde.

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Le cycle de Shaïgan-sans-merci

»

Toujours aux prises avec Kriss de Valnor, Thorgal va subir l’exil puis l’oubli. En son absence, le terrible pirate Shaïgan va s’en prendre à Aaricia, Jolan et Louve et leur faire vivre les pires moments de leur existence.

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Les voyages de Thorgal

»

Le Viking errant entraîne sa famille toujours plus loin vers l’horizon, en quête d’un bonheur et d’une liberté qu’on lui a toujours refusés. Voici le récit de ce long et incroyable voyage.

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Le cycle des mages rouges

»

Alors que son fils Jolan se découvre de nouveaux pouvoirs et un nouveau destin, Thorgal se retrouve aux prises avec un groupe de magiciens aux desseins mystérieux et à la puissance effroyable.

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Nouveaux horizons

»

Après leurs années d’errance, Thorgal et sa famille sont enfin réunis. Mais, entre passé troublé et avenir incertain, la vie de nos héros ne semble jamais pouvoir leur offrir de repos.