Thorgal-BD a écrit
Je vous présente une autre série de Mathieu Mariolle, « Blue note », sous-titrée « Les dernières heures de la prohibition ».
Deux albums, de très belles couvertures, avec le dessinateur Mikaël Bourgoin, chez Dargaud.


Je vous en parle plus particulièrement aujourd’hui, parce qu’une intégrale vient de paraître.
Alcool, jazz, et crime organisé.
A quelques jours de la fin de la prohibition aux Etats-Unis, « Blue note » raconte l’histoire croisée d’un boxeur et d’un jazzman, deux hommes amoureux de leur art, portés par leurs rêves. Deux proies idéales pour le monde de la pègre ?
J’en ai lu d’excellentes critiques.
Je vous en reparlerai, je viens de me commander les albums. J’ai préféré prendre les albums individuels plutôt que l’intégrale, parce que je trouve les couvertures superbes. Elles se parlent l’une à l’autre. Ce serait dommage de séparer deux bonnes copines comme ça.
Je me décide enfin à vous parler de « Blue note », le diptyque jazzy de Mathieu.
Au passage, pour ceux qui connaissent un peu, la note bleue a une signification musicale. Techniquement, elle peut être une légère altération de la hauteur de certaines notes, qui donne au jazz le petit plus qui n’en fait pas moins. Plus simplement, c’est aussi le moment où le morceau, voire le concert, atteint son acmé émotionnel. Je vous dis ça, vous en faites ce que vous voulez !
On a donc deux albums qui s’intéressent aux tous derniers jours de la prohibition, quand la vente d’alcool était interdite aux États-Unis et que les gangsters de toutes sortes en profitaient pour s’enrichir avec l’accord d’à peu près tout le monde.
Le premier tome s’intéresse à Jack, un boxeur dont la carrière prometteuse a pris fin brutalement. Une ancienne connaissance vient lui proposer de regoûter à la gloire grâce au propriétaire mafieux d’une antre du jazz, le Dante’s lodge. Jack va passer les semaines qui suivent à refuser le come back tout en l’embrassant à bras ouverts. Ambigu, attiré tout autant qu’il est repoussé par l’idée de replonger dans cet univers qu’il a longtemps fui, Jack va chercher le sens de sa vie en tentant de ne pas perdre son âme…
Le second tome est tourné vers RJ, jeune musicien noir à la dextérité fabuleuse. RJ va lui aussi pousser les portes du Dante’s lodge, mais avec fougue, emporté par le tourbillon du succès. Contrairement à Jack, RJ ne se pose pas de questions et ne s’intéresse pas à ceux qui l’entourent. Il est porté par la musique, et par l’idée de réussir enfin à composer ses propres morceaux. Les enjeux de cette fin de prohibition lui échappent complètement. Méfiance, RJ…
Dans les deux tomes, les deux héros vivent la même période et se croisent régulièrement, comme deux fils rouges qui se tendent l’un vers l’autre sans jamais se toucher.
Bon, je vous le dis, j’ai beaucoup aimé ces albums. Le dessin ne ressemble pas du tout à ce que je lis d’habitude. Il est sombre, griffé, avec un encrage huileux. Parfait pour cette histoire en fait, esthétique. Percutant pour la boxe, tourbillonnant pour la musique. Très beau.
J’ai lu les 140 pages d’une traite (oui, 70 pages par album).
Je ne regrette absolument pas de m’être offert les deux albums plutôt que l’intégrale. Les deux couvertures sont carrément plus jolies, le fourreau qui les entoure est classe, et puis surtout cela permet de faire un pause entre les deux, de les lier tout en les déliant, ce qui est à mon avis la bonne façon de les lire.
Je conseille.
En bonus, je vous propose de lire cet entretien réalisé pour le site BDgest en septembre 2013, Mathieu Mariolle et le dessinateur Mikaël Bourgouin y livrent pas mal d’infos. Vous verrez notamment que la méthode d’écriture de « Blue note » se rapproche beaucoup de celle de Kriss de Valnor.
