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Inky
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Posté le 16 mai 2025 dans XIII – Deuxième cycle
Alors tu vois, Totom, je n'en ai pas parlé pour éviter de surcharge un post déjà fleuve, mais j'ai trouvé cet "album" très ennuyeux, ainsi que, d'une façon générale, toute l'interminable digression sur les fondations de l'Amérique. J'ai l'impression qu'à presque chaque album du cycle on nous refait le topo complet depuis le début, jusqu'à même y consacrer un album entier. Overdose ! Alors oui, à chaque nouvelle narration on rajoute un petit quelque chose par-ci par-là, mais grosso modo ça reste toujours la même salade… et je ne vois pas forcément le rapport avec l'intrigue principale, en fait.
Il y a une histoire de contrat authentique qui sert de McGuffin pour lancer l'histoire et justifier l'existence d'un deuxième cycle, certes, mais concrètement ce n'est pas intéressant au point d'y passer autant de temps, et puis on n'a pas tant que ça l'impression que les fameux documents intéressent les protagonistes. À peine les a-t-il enfin acquis que XIII les refourgue à une petite droguée irritante qu'il vient de rencontrer (moralité, elle se les fait barboter aussitôt). La Fondation Mayflower se donne du mal pour les retrouver, mais ne semble pas en faire grand chose vu qu'elle n'en a pas besoin pour faire son coup d'état ; c'est plutôt comme s'ils faisaient à XIII l'aumône de lui faire croire qu'il a un rôle important dans cette histoire, alors qu'elle se déroule pour une bonne part sans sa participation (et on voit bien à la fin à quel point il n'est finalement qu'une marionnette !).
Les parties de l'histoire qui m'ont passionné le plus, à vrai dire, c'est tout ce qui touche à l'intime et à la recherche des éléments de l'enfance de XIII. Non pas pour les révélations qui en ressortent (XIII descendant du Mayflower, rien que ça ? C'est un peu trop gros) mais pour le côté profondément humain de cette quête, et pour l'enquête de Betty que j'ai adorée (mais ça vous le saviez déjà si vous avez lu mon post précédent ! ?)
Quant à Trois Sources et aux Indiens en général, ils apportent une touche « nègre magique de service », si vous me passez l'expression, mais en réalité on ne voit pas très bien ce que les Indiens viennent faire dans cette vieille querelle de Blancs qui veulent se partager leur territoire. Pourquoi voudraient-ils particulièrement défendre les intérêts de la Branche 3 ???
Posté le 14 mai 2025 dans XIII – Deuxième cycle
Ah ben ça ce sont des réponses qui font chaud au cœur ! ??? Merci !!!
Il faut sans aucun doute commencer par lire la vingtaine d'albums signés Van Hamme/Vance afin de pouvoir apprécier en quoi la touche Sente/Jigounov renouvelle la série (les premiers tomes restent de grands classiques de la bande dessinée, il « faut » de toute façon les avoir lus ! ?)
Je ne sais pas si vous irez jusqu'à lire tout ça pour de bon suite à mon post… ça me ferait super plaisir s'il vous avait à ce point motivés ! Et avoir des échanges d'exégète avec toi Isis serait un véritable honneur pour moi !
Posté le 13 mai 2025 dans XIII – Deuxième cycle
Je n'aime pas lire petit bout par petit bout et attendre des années entre chaque tome d'une histoire, je préfère laisser passer du temps et attendre qu'un cycle soit achevé pour avoir une lecture fluide et une vue d'ensemble du récit…
C'est pourquoi je viens de découvrir seulement ce weekend le deuxième cycle de XIII dans son intégralité et… je suis encore sous le choc !!! ?
Je serais presque tenté d'embrayer aussitôt sur les premiers albums du troisième cycle déjà parus pour en avoir le cœur net, pour exorciser mon état de choc… Je ne m'en remets pas.
Pourtant les choses avaient vraiment très très bien commencé !
La reprise d'une série aussi mythique avec une "patte" graphique aussi personnelle par un nouveau dessinateur était un risque majeur (d'autres ne s'en sont jamais tout à fait remis : Alix, Blake et Mortimer, Thorgal non plus, à mon avis personnel…) Or, stupeur ! Jigounov s'avère surdoué dans l'exercice, et même, oserai-je le dire ? Il surpasse le maître ! Les scènes d'action sont trépidantes et nerveuses, exemptes de la rigidité souvent vue chez Vance. Les femmes de Jigounov sont sublimes ; contrairement à Vance qui leur donnait le même visage de profil à toutes, Jigounov sait dessiner plein de femmes différentes, dans une grande variété de postures (même si occasionnellement il dessine ici et là un "profil Vance" qu'on sent être un clin d'œil pour faire le pont avec la série d'origine, plutôt qu'une limitation technique). Tous les personnages ont des trognes bien croquées qui les rendent aisément reconnaissables les uns des autres : des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des beaux, des moches… Toutes une galerie de caractères qui prend vie pour notre plus grand plaisir. Un vrai casting de grosse production ! :love:
Côté scénario, il y a des choses que j'aime beaucoup et qui font souffler un vent de fraîcheur sur la série. D'abord, en écho à ce que je disais ci-dessus sur l'aspect graphique, un certain amour des personnages transparaît aussi du côté du scénariste qui fait intervenir (et c'est très nouveau par rapport à Van Hamme) une foule de "nobodies". Chez Van Hamme, chaque perso avait un emploi, un rôle à tenir ; l'aventure était vécue par un super baroudeur, une major de l'Air Force, un général, un maître-espion, un tueur à gages, un président des États-Unis, etc. et tout le reste n'était que de la valetaille ou des figurants. Pas de place pour les "gens normaux". Au contraire chez Sente, on prend le temps (et plaisir) à faire connaissance avec les pêcheurs du coin, Jim Drake, une automobiliste en rade… Ils n'ont pas forcément un rôle de premier plan, mais l'auteur prend tout de même le temps de les faire exister pour ce qu'ils sont et de nous les faire aimer. Pour ça, je voudrais vraiment tirer mon chapeau à Yves Sente ! La contribution de Jigounov à cette mise en lumière des "petits" transparaît également dans toutes ces petites cases "anodines" où on les voit "dans leur élément naturel" et où l'image raconte une mini-histoire à elle seule :
:arrow: (T20-P8-C2) Alors que les phylactères décrivent l'échange (important pour le scénario) entre Mac Lane et le Dr Levinson, la case nous montre la lumière orangée de fin de journée qui baigne bureau de la psychiatre où elle se trouve enfin seule après une longue journée de travail, et où elle peut enfin prendre le temps de déchausser ses escarpins et de masser ses pieds. Cette scène intimiste fait exister le Dr Levinson en dehors de l'histoire et du rôle strictement utilitaire qu'elle joue dans le cadre du scénario. Elle n'est qu'un protagoniste vis-à-vis de l'histoire de XII, néanmoins elle est aussi le personnage principal de sa propre vie, ce que cette petite scène exprime avec beaucoup de délicatesse.
:arrow: (T20-P14) Toujours une conversation téléphonique, cette fois avec Jim. Sa silhouette gracile, son caractère chaleureux, sa tenue rose, la revue LGBT "Out" posée sur la table basse et sa chatte pour seule compagne visible… tout ça dresse déjà le portrait d'une vie. Et Mac Lane, de son côté, est dans sa cuisine en train de se préparer la popote, puisque lui aussi vit en célibataire. Encore une fois, tout cela n'as pas de rapport direct avec l'intrigue mais donne de la chair, de la densité et de la réalité aux personnages. Les traite comme des gens et non plus seulement comme des utilités.
:arrow: (T20-P16-18 ) Toujours une même attention du détail concernant le médecin : il guide Jason à la chambre de Jim, et lorsque celui décède et que les appareils se mettent à émettre leur sifflement strident, alors que Jason s'éloigne on retrouve ce même médecin se précipiter ; malgré les 2 pages écoulées, son existence n'a pas été oubliée entretemps, et sa course renforce l'atmosphère de tension hospitalière qui a fait les beaux jours d'Urgences à l'époque.
Par commodité j'ai pris tous ces exemples dans le tome 20 (particulièrement brillant pour lancer la reprise, selon moi). Pas sûr que les tomes suivants soient aussi exemplaires de ce point de vue. Je ne sais pas s'il faut remercier Yves Sente ou Iouri Jigounov pour ces petits "moments de vie" très sympas. Dans quelle mesure est-ce une initiative du dessinateur ? Dans quelle mesure a-t-il suivi des instructions très précises du scénariste en ce sens ? Mystère… En tout cas mon petit doigt me dit qu'avec Van Hamme/Vance, les conversations téléphoniques ci-dessus n'auraient certainement pas autant mis en valeur les interlocuteurs du héros, et les arrière-plans et petits détails n'auraient peut-être pas été aussi travaillés avec une telle intention de storytelling.
Ce qui est sûr en tout cas, c'est que c'est bien à Yves Sente qu'on doit la réhabilitation du personnage de Betty Barnowsky ! J'ai une affection toute particulière pour ce personnage, qui coche justement toutes les cases du "second rôle", et qui avait fini par être franchement malmené par un Van Hamme devenu avec l'âge blasé, paresseux et méprisant envers ses propres créations. Betty n'était plus qu'une grosse dondon ridicule et peu fiable, autant pour l'action que pour les sentiments. Sente nous rappelle (ENFIN !) qu'elle est une ex-sergent des forces d'élite, et la façon dont elle conduit efficacement son enquête de terrain tout en se débarrassant des importuns et en ayant toujours un coup d'avance sur le FBI est exemplaire. Pour tous les fans de Betty, MERCI ! ? Il est juste dommage, au moment de la faire sortir de l'histoire au T23, d'en remettre une couche sur "Betty qui embrasse un autre homme qu'Armand", ce qui était ce que Van Hamme avait fait de plus moche pour salir le personnage. Avoir déconstruit tout le reste de la déconstruction du personnage pour revenir là au dernier moment, c'est vraiment dommage.
Outre Betty, les femmes sont mises à l'honneur d'une façon générale. Après l'ère vanhammienne dopée à la testostérone où les nanas sont de belles plantes souvent dénudées ou en nuisette, les "plans fesses" et "plans culs" gratuits ont pratiquement disparu, ou bien font sens : Annika est surprise nue par un Colin qui s'est donné expressément du mal dans cet objectif (T24-P51), April est dénudée et sexy justement parce que c'est ce qu'il fallait pour piéger Harvey Bengualine (T26-P7), Betty est en sous-vêtements dans sa chambre de motel après s'être dévêtue pour examiner et soigner sa blessure, puis pour prendre connaissance des documents à l'aise (T21-P29)… Bref on a plutôt progressé, niveau représentation de la femme en général.
On va même un peu trop loin car la fondation Mayflower semble être principalement féminine. Non seulement à la direction (Janet Fitzsimmons et sa marraine Mildred) mais aussi au niveau des exécutants : toutes leurs équipes de barbouzes semblent être des duos et c'est à chaque fois la femme qui commande et l'homme qui joue la brute aux gros bras : Juliane et Karl à Bar Harbor, Jodie et un type châtain à Augusta (T20-P9), Sandra et Dan à Plymouth (T20-P16), April et un barbu à Painted Desert (T20-23). Cela en devient même too much, au point de flirter avec le ridicule et de nuire à la crédibilité de l'histoire. Mayflower incarne des idées hyper conservatrices d'ultra-droite, pas franchement à la pointe de l'émancipation des femmes (comme la longue digression historique le soulignera dans le T25). Qu'ils mettent des bonnes femmes badass à tous les postes de pouvoirs mis en scène dans le récit, on peine à y croire (cf. leur directoire en début de T24 : 7 femmes sur 12 membres !). Les hommes ne reviendront sur le devant de la scène qu'à la toute fin du cycle pour "corriger le tir". Pas que ça ne soit pas sympa d'avoir des nanas antagonistes coriaces, bien au contraire ! mais on sent que du point de vue purement scénaristique, la Fondation Mayflower n'était pas l'écrin le plus logique.
Côté personnages féminins importants, comment ne pas parler de Jones ? Jigounov la rend au moins aussi belle que Vance. Il s'est approprié le dessin de notre colonel USAF préféré avec virtuosité, et son entrée en scène au début du T21 est à la hauteur du personnage. Mais qu'en fait le scénariste par la suite ? Rien ! Et même pire, il la rend imprudente, téméraire trop agressive pour son propre bien envers un homme dangereux, et après Van Hamme qui lui interdit d'avoir des enfants, voilà que Sente lui impose une séance de torture filmée insoutenable qui la prive de la capacité à piloter. Mais c'est quoi votre problème avec elle, les mecs ? Vous êtes comme ce connard de commandant (T21-P8) qui la déteste pour être tout à la fois une femme, belle, black, intelligente, compétente ? Il faut absolument inventer une péripétie scénaristique superflue et cruelle pour l'exhiber à poil ou la torturer ? Il faut absolument la punir d'être l'un des meilleurs persos féminins de l'histoire de la bédé ??? Je ne comprends pas…
Julianne est présentée comme la Jessica Martin du deuxième cycle. Elle est sublime, sans pitié, obstinée… et pourtant pas si efficace que ça, au final. XIII la met constamment en échec. À la case T24-P47-C3, une Janet Fitzsimmons tout à fait lucide sur la question suggère d'ailleurs à Mildred de se débarrasser de cet élément décevant… qui se fera d'ailleurs neutraliser "définitivement" dès la scène suivante… avant de ressortir du chapeau du scénariste à la fin du T27 (WTF ???) avec une justification plus que minimale et douteuse. Elle appelle maintenant XII par son prénom (T27-P29-C6) et aime bien les enfants (T29-P43-C3) ?!! On parle bien de "l'amie des enfants" qui, au début du T22, a fait assassiner une dizaine de mômes dans un bus scolaire pour forcer XIII à coopérer ??? C'est tellement gratifiant, on est tellement "contents" que cette chouette fille s'en soit bien sorti à la fin de l'histoire… ???
Annika connaît elle aussi une trajectoire peu convaincante. C'est une petite camée hollandaise qui a son utilité le temps d'une chasse au trésor à Leyde (un épisode que j'ai trouvé assez faiblard, dans le genre des tomes 14/15, où on meuble avec des courses-poursuites interminables). S'encombrer d'elle et la ramener aux US, je ne vois pas l'intérêt. Elle y devient désormais une espèce de "grande sœur sexy" de Colin qui alimente ses fantasmes adolescents, se fait barboter les documents (quelle idée de les lui confier ?!) et sert de damsel in distress au cas où Colin ne suffirait pas. Non seulement son utilité scénaristique devient nulle, mais sa transformation en "ado qui mâchonne du bubble gum" l'infantilise par rapport au T23, la transformant pratiquement en "une autre personne". Comme pour Julianne, je soupçonne un « effet Jessica Martin » : quand on tient un perso avec un design cool (balafre, mèche rose), on a envie de la garder dans l'histoire (pour les fans ?) et de lui donner quelques scènes en plus, même quand ce serait les scènes de trop (au moins VH avait fait de Jessica, initialement une guest dans le T13, un personnage à part entière du récit, et même un perso complètement central par la suite ; là non, ce sont juste des scènes en rab très dispensables).
Bon allez, ce post fait déjà trois milliards de kilomètres et on pourrait encore en dire beaucoup sur ce cycle…
Mais je ne peux quand même pas faire l'impasse sur le personnage principal : XIII lui-même !
Durant tout le début, pas motif de contestation particulier. Notre aventurier se révèle au quotidien, il prend du temps pour lui, il cuisine, il cherche à guérir de son amnésie, il cultive des relations de bon voisinage… On découvre que derrière l'aventurier qui n'a pas eu une seconde pour souffler durant la période Van Hamme se cache un chic type tout à fait compatible avec la vie civile, et qu'on aimerait avoir pour voisin (mis à part que ça risquerait sérieusement d'écourter notre espérance de vie).
C'est avec le T24 que tout bascule : XIII veut REJOINDRE la Fondation Mayflower ??!! What ??!! Il veut devenir membre de la secte qui tue des bus complets d'écoliers des quartiers pauvres (T22-P4) ??? À partir de là, je ne sais plus qui est XIII, ni ce qu'il veut, ni pour qui il roule. Le tome a beau introduire une alliance avec le général Wolf et le capitaine Jo Spark qui évoquent des ersatz de général Carrington et major Jones, on est loin du même sentiment de loyauté quasi-f(am)ilial. L'allégeance se fait sous contrainte et semble plus que fragile. La méfiance est grande de part et d'autre, comme en attestent les pensées de Wolf (T24-P50-C7) ou le rapport de Spark (T26-P40-C4). Dès lors, XIII fait-il vraiment le jeu de Wolf ? Rejoint-il sincèrement Mayflower ? Souhaite-t-il réellement séduire Janet FitzSimmons ? Joue-t-il sa propre partition perso en trompant tout le monde ? Plus rien dans le déroulé des événements ne permet plus d'avoir la moindre certitude à ce sujet. Comme Carrington, Jones, Armand et Betty sont injoignables, XIII n'a plus aucune scène "authentique" où il pourrait s'exprimer en toute confiance et à cœur ouvert avec son interlocuteur, afin que nous lecteurs puissions savoir ce qu'il pense vraiment. Tout ce qu'il dit est désormais sujet à caution. On ne sait pas si c'est du lard ou du cochon. Mais là où définitivement on a sauté le requin, c'est quand XIII abat le pape !!! Oui oui, vous avez bien lu. Je ne peux pas le croire, je n'en suis toujours pas remis, mais XIII A BUTÉ LE PAPE !!! ?
Bien sûr, on n'a pas envie d'y croire. C'est trop énorme ! Trop off-character. Ça doit être une blague ? une erreur ? En vrai il l'a raté, n'est-ce pas ? Il lui a seulement tiré dans le bras, hein ? C'est ce qu'on prétend d'abord à la P2, avant de dire P4 que, quand même, « Sa Sainteté perd beaucoup de sang ! ». Le verdict final pourrait passer inaperçu dans la double page de coupures de presse juste avant la dernière planche du T27, mais relisez bien la manchette du Corriere della Sera en date du 8 septembre : la fumée blanche s'est envolée au-dessus du Vatican : un nouveau pape a été élu. C'est donc que Mac Lane a bel et bien abattu le précédent. ? Mais oui, c'est canon ! Et comme si ça ne suffisait pas, la première page du T26 nous a informé que XIII avait épousé Janet Fitzsimmons et qu'il œuvrait activement à la réélection d'Allerton, l'homme de paille de Mayflower grâce à qui Jones a été brisée. Et comme si ça ne suffisait toujours pas, le T27 s'achève sur Mac Lane en train de se faire laver le cerveau pour devenir cette "nouvelle version de lui-même" entrevue précédemment…
Silence de mort.
Consternation.
Que reste-t-il encore de notre héros, au juste ?
Il est devenu l'un des chefs des salauds, leur prince consort, lui qui avait passé sa vie à être l'outsider obstiné pourchassé par les puissants. Il a vendu son âme au diable. Il est dans le camp des tueurs d'enfants. Avant même d'être "reprogrammé" il avait déjà abattu le pape, du toute façon.
Alors qu'est-ce qu'on peut encore attendre pour la suite ?
Je ne sais pas.
Je suis en PLS.
Posté le 19 juin 2023 dans Thorgal Saga – Adieu Aaricia / Robin Recht – 2023
Wahou, l'album était vraiment à la hauteur des attentes, et j'ai vraiment ressenti une vibe vanhammienne dans l'efficacité, le ton et l'économie des dialogues. Hiérulf a été tellement bien incarné ! C'était lui ! ?
Gandalf, c'était même encore mieux !!! Au lieu de ne voir en lui que le gros con monomaniaque des tout premiers Thorgal (dans lesquels on peut imaginer que l'auteur cherchait encore le ton juste pour la série), on découvre un véritable chef viking avec de l'épaisseur... mais pas tout le temps ! ? C'est ce que je regrette et que je trouve un poil raté, malheureusement. On est passé à deux doigts d'une relecture juste parfaite du personnage, avec un regard beaucoup plus mature et adulte sur lui (le regard du vieux Thorgal, en somme) au lieu de la vision "croque-mitaine cruel et stupide" qu'en avait le Thorgal gamin/ado/jeune homme des albums où il était apparu jusque là. Du coup, quand Adieu Aaricia nous le donne à voir de nouveau comme ça, ça sabote le coup de génie et ça le fait tomber encore plus bas. Sa façon de trahir Skraeling-la-Noire c'est minable. Sa façon d'offrir protection au clan décimé, c'est royal. Sa façon d'envoyer d'autres à la recherche d'Aaricia disparue en restant sur son cul jusqu'au lendemain, c'est incohérent à la fois pour le roi et le père... On a un continuel yoyo avec ce perso dans l'album et ça m'embête. J'imagine que le scénario nécessitait de pouvoir justifier sa mise à mort et qu'il avait "besoin" d'être haïssable, mais cela aurait pu être traité plus finement, pour faire enfin de ce Gandalf un inoubliable personnage à la fois haïssable et grandiose comme Van Hamme savait les créer (sauf justement pour son "Gandalf-la-grosse-baderne" ; du coup c'était l'occasion rêvée de réparer cela et de faire ENCORE MIEUX que Van Hamme sur ce perso).
J'ai également du regret concernant Skraeling-la-Noire. Ce personnage est une réussite acclamée par tous à juste titre. Pourtant, ce qui signe son arrêt de mort dans l'abum est une "révélation" que je trouve complètement bancale. Un bout de dos est révélé et porte des traces de lacérations ? Paf ! Ni une ni deux la conclusion est expédiée en deux secondes : c'est donc des coups de fouets, donc c'est une ancienne esclave, donc c'est une merde, donc elle peut crever dès la page suivante, ça n'a plus aucune importance. Eeeeeuuuuuuuhhhh... Je trouve l'enchaînement un peu hâtif, tout de même. En ces temps troublés de l'époque, avoir des cicatrices et des blessures était certainement monnaie courante, particulièrement pour une guerrière. À quelques années de là dans le futur, Solveig sera fouettée publiquement dans le village sans pour autant que cela signifie qu'elle est une esclave. Néanmoins Skraeling-la-Noire valide l'interprétation discutable de Gandalf, ce qui a sans doute pour but de justifier son sacrifice cynique par Gandalf pour les besoins du scénario... mais le personnage perd instantanément cette aura de mystère qui l'entourait... non seulement sa caractérisation retombe à plat comme un soufflé qui se dégonfle, mais ce qu'elle perd en mystère, elle le gagne en incohérence.
En effet, dans ce passé alternatif qu'il nous est offert de visiter, l'histoire commence sur une plage alors qu'Aaricia s'apprête à faire la connaissance de Vigrid, une jeune dieu blanchet et maigrichon qui raconte à la jeune viking cette histoire des Larmes de Tjahzi que tous les dieux du Valhalla connaissent par cœur, ainsi que le lien sacré d'amour qui unit Thorgal à Aaricia. Mais la timeline diverge et ce n'est pas cette histoire (que nous lecteurs connaissons) qui arrive, mais une étrange histoire-mirroir: le dieu blanchet et maigrichon est maintenant une déesse noire comme la nuit et bâtie en Hercule, et c'est non plus à la jeune Aaricia mais au jeune Thorgal qu'elle raconte cette histoire que tous les dieux connaissent par cœur. Elle en rajoute même par rapport à Vigrid en professant des prédictions glorieuses quant au destin du jeune couple. C'est également sa clairvoyance divine qui lui permet de reconnaître instantanément en l'énigmatique vieillard arrivé au village une version plus vieille de son petit protégé.
Ben oui mais si en fait c'est "juste une ex-esclave balèze sortie de nulle part", tout ce qui précède n'a plus aucun sens. J'ai le sentiment d'un tour de passe-passe, pour ne pas dire d'une arnaque foireuse. Un peu comme dans les dessins animés Scooby-Doo où pendant tout l'épisode tu as un monstre géant qui détruit des bagnoles avec les rayons laser de ses yeux, fait s'écrouler comme des châteaux de cartes des bâtiments entiers avec ses pattes griffues et, une fois capturé, se révèle être la vieille institutrice du village simplement revêtue d'un costume grossier en toile de jute avec des leds pour faire les yeux qui brillent. What the fuck ? De qui se moque-t-on ?
Naturellement, il y a par ailleurs tellement d'excellence dans cet album qu'il est très déséquilibré, et même pas très juste de ma part, de pointer ces faiblesses du doigt... Pourtant je n'en démords pas, elles sont bel et bien là.
Sur un registre plus anecdotique, j'ai remarqué que lors de ses incursions dans le monde des humains pour narguer Thorgal, Nidhogg change d'aspect pour n'arborer qu'une unique queue et des rayures noires qu'il n'a pas habituellement (et qu'on ne retrouve pas lors des confrontations initiale et finale sur la plage). Des théories là-dessus ?
Enfin au bas de la page où on voit s'entraîner le jeune Thorgal, celui-ci affiche un sourire vraiment cheulou qui donne froid dans le dos, comme si c'était un gamin maléfique qui aime torturer les chats et faire du mal aux petites filles. Ça vous a pas donné cette impression ??? Moi ça ne m'a pas lâché de l'album, et d'un bout à l'autre je l'ai interprété comme un signal envoyé par l'auteur pour préparer une révélation que j'attendais à tout moment... et qui n'est jamais venue ! Puisqu'à part cet énigmatique sourire de serial killer, dans tout le reste de l'histoire le jeune Thorgal est juste un ado fougueux qui se laisse submerger par l'émotion et fait une connerie, mais n'est pas du tout foncièrement maléfique. Du coup je sais toujours pas ce que c'était que ce sourire de psychopathe... ?
Posté le 15 novembre 2022 dans XIII – Sente et Jigounov
Ah oui tu es vraiment un collectionneur vrai de vrai ! :love:
Pour les prochaines Journées du Patrimoine, je m'inscris pour la visite guidée de ta collection ! 8)
Posté le 14 novembre 2022 dans XIII – Sente et Jigounov
Mais mais mais... Sur la gauche de ta photo... Ouate iz zatte ??? :o
Un tableau ???
Posté le 12 octobre 2022 dans Galerie des visiteurs
Wahou tes dessins sont magnifiques ! :shock:
Euh... C'est les tiens ou ceux de Rosinski ? ? ?
Posté le 21 septembre 2022 dans XIII – Sente et Jigounov
Je suis d'accord avec toi Hirondl.
Ça devient de plus en plus la mode, les héros de bédé "vu par Untel". L'auteur est glorifié davantage que l'œuvre et on ne compte plus les franchises saccagées par cette idéologie. Le pire exemple je pense est Spirou. Les héros adorés de mon enfance sont devenus des pantins pathétiques parodiés jusqu'à l'écœurement par des guignols qui de toute évidence ne les aiment pas et viennent juste parader en mettant leur nom sous la couverture et en l'associant au prestige d'une série qu'ils contribuent à ternir (à enterrer, même). J'ai horreur de ça.
S'ils ne veulent pas faire du Spirou, eh bien qu'ils n'en fassent pas. Qu'ils fassent leur propres séries s'ils se croient si talentueux que ça et capables de créer des séries-cultes du niveau de Spirou.
Et de même s'ils ne veulent pas faire du Thorgal, qu'ils n'en fassent pas. S'ils veulent en faire, que ce soit avec respect, sérieux et engagement, comme l'ont fait Tome & Janry pour Spirou et Jigounov pour XIII.
Posté le 29 juillet 2022 dans Thorgal – 26 – Le royaume sous le sable
Si tu as l'occasion dans la foulée de revisionner Indiana Jones et les Aventuriers de l'Arche Perdue puis de lire La Malédiction des trente deniers dont JVH a signé le scénario, ça devrait te sauter aux yeux.
Le finale de l'album est un copier/coller éhonté et très embarrassant de celui du film de Spielberg. Faire des emprunts et des clins d'œil, dans l'absolu je n'ai rien contre. La création se nourrit toujours de ce qui l'a précédé. Mais décalquer une scène aussi mythique d'un film aussi connu, forcément cela ne peut pas passer inaperçu.
Et ce n'est vraiment pas digne d'un des plus grands scénaristes bédé de tous les temps selon moi. Le JVH des Thorgal de l'Âge d'Or est un génie. Mais (cette opinion n'engage que moi), j'ai le sentiment qu'il a par la suite cédé la place à un papy paresseux et cynique se reposant sur ses lauriers et capitalisant sur sa gloire passée pour faire le minimum syndical tout en continuant à encaisser la monnaie. D'où les facilités scénaristiques et les ficelles de plus en plus grosses, les stéréotypes de plus en plus éculés, les morceaux parodiques et les scènes racoleuses qui se sont mis à ponctuer les albums tardifs de Thorgal, Black & Mortimer, et sans doute d'autres que je n'ai pas eu le courage de lire...
Pardon pour ce jugement amer et désabusé, mais c'est notamment toi, Stéphane, qui, par ton travail, m'a fait prendre conscience de l'œuvre exceptionnelle (tant graphiquement que scénaristiquement) que consistuent les anciens albums de Thorgal, donc c'est à cette aune que je mesure toute la distance qui en sépare le JVH tardif... Hélas.
Posté le 16 juillet 2022 dans Thorgal – 26 – Le royaume sous le sable
Je ne suis pas convaincu par les similitudes avec B&M, elles me paraissent forcées.
Le trident est apparu très tôt dans les albums de Thorgal. C'est un emblème abondamment présent dans notre culture occidentale. Il n'est pas rattaché spécifiquement à B&M. Son aspect pointu et guerrier correspond visuellement très bien à sa mise en scène initiale comme arme lors du duel spatial avec Xargos et surtout aux projets de Varth de conquérir la Terre et (grâce à sa réminiscence de l'attribut de Poséidon) d'apparaître comme un dieu vivant aux humains.
Pour ce qui est du nom du méchant, c'est un peu comme le trident : selon moi JVH a simplement puisé dans un archétype du fonds culturel dans lequel nous baignons, et où les méchants ont toujours plus ou moins le même style de nom à la con : Sargon, Magon, Dagon, Sauron, Xenon...
Voler ou projeter un rayon destructeur par les yeux ou une sorte de pistolet est sans doute le gimmick le plus éculé dans les histoires de science-fiction où l'on veut présenter un personnage comme technologiquement (ou magiquement) plus avancé que le commun des mortels qui l'entoure. L'album L'Épée-Soleil reposait entièrement là-dessus.
Enfin le décollage d'un vaisseau depuis un cratère... ben pareil... Tintin l'a fait. Jacques Martin l'a fait. Jacobs (certes) l'a fait. La Guerre Froide l'a fait (silos à missiles intercontinentaux)... En revanche chez Jacobs l'envol véhicule symboliquement l'idée de quitter le monde pour ailleurs, là où, à l'inverse, l'envol des Atlantes véhicule symboliquement l'idée de quitter un ailleurs reculé pour se répandre sur le monde. La menace d'une civilisation supérieure se précise au lieu de s'éloigner.
Pour ces raisons j'ai l'impression que JVH a bâti son récit sur des emprunts très classiques, pour ne pas dire galvaudés (on sait que son génie résidait aussi dans sa faculté à exploiter au mieux les stéréotypes)... Jacobs avait simplement fait la même chose avant lui. Comme des milliers d'autres auteurs...
Si on voulait adopter cette grille de lecture, je suis sûr qu'en forçant un peu le trait on pourrait dire que l'album est un plagiat déguisé du Corniaud : le méchant est Louis de Funès, il veut séduire et instrumentaliser le gentil à son insu pour servir ses plans criminels, l'une des scènes clefs est la destruction d'un véhicule ("Elle va beaucoup moins bien marcher maintenant !"), etc. :-D
Malheureusement, question plagiat c'est justement chez B&M que JVH s'est tristement illustré. Et là il ne s'agissait pas de réminiscences ambiguës, c'était juste grossier et consternant... X-(
